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Amina Kadri-Messaid. Sociologue et chercheuse au Cread PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Entretien
Écrit par Amel Blidi   
Mercredi, 23 Novembre 2011 00:00
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«Les jeunes ont développé la culture du moindre effort»

Amina Kadri-Messaid. Sociologue et chercheuse au Cread
«Les jeunes ont développé la culture du moindre effort»- La demande sur la formation professionnelle a connu une baisse par rapport aux années précédentes. Y a-t-il un manque d’intérêt des jeunes  pour les métiers manuels ? Quelles en sont les raisons ?

Beaucoup d’observations ont été formulées au sujet du décalage existant entre les formations proposées et les besoins des entreprises. Le souci de ce secteur a donc été, depuis plus de 10 ans, d’essayer de réduire l’écart, car il ne peut pas disparaître du fait de la rapidité des changements dans le monde du travail que dans le monde de l’enseignement et de la formation.

L’écart existant entre les deux espaces se reflète à travers la vision des jeunes au sujet des formations proposées par les centres de formation professionnelle : beaucoup d’entre eux souhaitent s’inscrire dans les filières gestion et informatique, ce qui dans la réalité n’est pas possible compte tenu des moyens limités en encadrement pédagogique, places pédagogiques et équipements. Le choix des jeunes est conditionné par la perception des exigences du monde du travail, mais aussi par les avis recueillis auprès de ceux qui sont déjà passés par la formation professionnelle. De ces idées, deux remarques se dégagent : d’abord, il faut souligner que les jeunes viennent à la formation professionnelle car ils ont échoué dans le système d’enseignement général, donc il s’agit d’une orientation par défaut et non pas d’un choix ; d’ailleurs, certains jeunes s’inscrivent mais ne rejoignent pas les centres de formation et d’autres commencent mais interrompent leur formation. Ensuite, il est à préciser que les métiers manuels étant peu valorisés, peu rémunérés et faiblement demandés (problèmes d’insertion), il est évident que les jeunes n’y voient pas un attrait. En effet, tout individu projette de réussir socialement mais pour eux les métiers manuels ne sont pas la voie vers la réussite sociale. D’autant plus que le jeune des années 2000 est un jeune qui est branché sur les TIC (il partage, il échange et il s’informe) et qui a une vision de la vie qui est différente de celle des jeunes des années 1990. Ce qui signifie que les caractéristiques sociologiques du jeune Algérien ont changé et qu’elles doivent être prises en considération par le secteur de la Formation professionnelle. Par ailleurs, lorsque l’on parle des métiers manuels, il est utile de distinguer les diverses filières existantes : le bâtiment, l’agriculture, l’artisanat, la plomberie, etc. pour mettre en relief la diversité d’une part et la nécessité d’une prise en charge diversifiée d’autre part. Si on considère, par exemple, le secteur du BTPH, on observe que l’offre d’emploi est souvent exprimée mais sans trouver les demandeurs d’emploi adéquats (le fait par exemple que les Chinois viennent combler le déficit en main-d’œuvre algérienne est édifiant). Ceci pour dire que les métiers du manuel accusent un déficit par rapport à la demande du marché ; le cas de la rentrée dans la wilaya de Annaba est édifiant,  où  il y était attendu 2000 stagiaires dans les centres de formation professionnelle, mais ne se sont présentés que 129 jeunes.

- Les options qui se présentent aux enfants exclus de l’école (après la 4e année moyenne) paraissent minces. Ils ont le choix entre la formation professionnelle, l’enseignement à distance, l’école privée ou la rue. Comment expliquer l’attrait des jeunes vers les métiers de l’informel ?  

L’informel propose des offres que les jeunes ne trouvent pas dans le secteur public, selon les déclarations du ministre de la Formation professionnelle.  En avril 2011, le taux des jeunes formés qui migrent vers l’informel représentent 30 à 40% (c’est-à-dire le 1/3). Les salaires offerts par le secteur informel représentent le double ou plus de ce qui est offert par les entreprises publiques par exemple. Le secteur informel représente, selon certains spécialistes, (peu d’études existent sur la question, donc il est impossible de l’évaluer de manière exacte) 40% de l’économie nationale. Ce qui signifie qu’il capte, de fait, une  partie de la main-d’œuvre qui existe sur le marché du travail. Par ailleurs, les jeunes Algériens ont développé une culture de la débrouillardise qui s’adapte bien au secteur informel ; cela signifie qu’il est possible d’ajuster la réponse à ses besoins grâce au secteur informel. Ils ont développé aussi la culture du moindre effort (produit de l’environnement) qui fait dire aux jeunes «je préfère travailler au noir et gagner en une semaine plus que ce que je peux gagner en un mois en travaillant légalement, cela me permet de me reposer.» Ce qu’il faut retenir aussi, c’est que les jeunes qui activent dans le secteur informel ont une relation particulière au facteur temps, autrement dit leurs journées de travail ne sont pas synchronisées de la même manière que les jeunes qui travaillent dans le secteur formel. Ce qui est à notre sens important, dans la mesure où se développent des comportements sociaux atypiques en relation avec le travail d’une part et la vie sociale d’autre part.

- Quel avenir pour ces jeunes, exclus du système scolaire, et qui ne souhaitent pas apprendre un métier de formation professionnelle ?

Leur avenir, ils se le construisent eux-mêmes dans la mesure où il y a un écart entre leurs aspirations et les conditions offertes par les institutions publiques. Ce qui est à relever dans ce cadre, c’est le soutien des parents qui ne voient pas dans l’activité informelle un danger pour l’économie, mais une réponse aux problèmes de leurs enfants qu’ils voient grandir sans avenir. Le réseau Internet, de plus en plus utilisé par les jeunes, est un moyen qui leur permet de trouver plus rapidement des solutions (légales ou illégales) à leurs problèmes, il est sous-entendu ici que la tendance vers l’informel des jeunes exclus du système éducatif ira en augmentant.
Quelques réflexions existent sur le sujet, mais de grandes études devraient  être lancées sur ce thème afin de procéder à un état des lieux et de formuler des propositions.                           

EL WATAN  

 

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