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Ourida Yaker. Productrice de musique : PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Entretien
Écrit par Rémi Yacine   
Mercredi, 20 Février 2013 00:25
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«L’Algérie doit mieux promouvoir ses musiques»

Ourida Yaker. Productrice de musique : «L’Algérie doit mieux promouvoir ses musiques»Ourida Yaker, plus qu’un nom et prénom, c’est un label de qualité. Toujours à la recherche du son nouveau, elle déniche les nouveaux talents et accompagne «la nouvelle vague» de la chanson algérienne : Cheikh Sidi Bémol, ONB, Fanfaraï… Voyage au cœur de la musique…

-Comment devient-on productrice de musique et de spectacles ?

C’est un enchaînement de rencontres et de difficultés à trouver du travail, ici en France, qui m’ont menée à cela. C’est PlaNet DZ, l’association et le site Internet, que j’ai dirigés durant 10 ans, qui m’ont ouvert à la rencontre de nombreux artistes algériens en tous genres. Je me suis rendu compte au fil du temps à quel point il était important de créer un environnement professionnel pour aider au développement et à une meilleure connaissance de ces artistes. Et cela a initié une réflexion sur la place des artistes maghrébins en France. Comme je n’arrivais pas à trouver du travail, j’ai décidé de monter, en 2007, ma propre société de production de spectacles et de créer mon propre emploi, tout en faisant ce qui me passionnait le plus : contribuer au développement de bons groupes de musiciens issus du Maghreb et les faire connaître par les programmateurs et par un plus vaste public. Faire rayonner nos musiques et nos cultures du Maghreb en France et dans le monde.

-De l’Internet à la production…

Faire cela, c’est se lancer, sans filet,  dans une entreprise longue et difficile, car l’investissement en temps et en efforts est considérable. Loin du cliché du «producteur au cigare», c’est un métier difficile où le risque est permanent. Il faut apprendre le métier, les rouages et les contraintes, mais aussi les dispositifs qui peuvent exister pour soutenir la création, se construire un réseau et un fichier de programmateurs, maîtriser les outils de gestion, de paie, et de communication, mais également intervenir sur les aspects artistiques (la scénographie, etc.) pour être en mesure de présenter des spectacles de qualité.

-Du spectacle vivant, vous êtes passée à la production de disques…

En 2011, je suis passée à la production de disques pour terminer le premier album de Fanfaraï, qui avait déjà été enregistré mais pas encore mixé et qui n’avait pas de distributeur en vue…
Ce passage à la production d’albums a été «une obligation». Pour faire tourner un groupe, il est essentiel d’avoir un album et cela contribue aussi à dynamiser le groupe et à faire voyager sa musique encore plus loin. Je suis actuellement en train de produire leur prochain album, qui sortira le 27 mai en France et sur les plateformes de téléchargement et je dois dire que c’est passionnant de suivre ce processus de création de A à Z.

C’est difficile et lourd à gérer, mais quand les sons prennent forme et sonnent c’est un immense plaisir. J’aimerais aussi dire que ce sont les artistes qui sont à la base de tout et que c’est avant tout leur création qu’il faut accompagner, respecter et promouvoir quand on est producteur. Hélas, pour ce qui concerne les artistes algériens, qu’ils soient en France ou en Algérie, il y a une réelle difficulté à trouver un environnement professionnel. Le ministère de la Culture algérien devrait mettre en place des dispositifs d’aide à la création dans le domaine des musiques, qu’elles soient actuelles ou traditionnelles.

-Quelles sont les rencontres qui vous ont marquée ?

J’ai bien du mal à répondre à cette question, car j’ai été «formée» par tant de rencontres dans ma vie, que ce soit en littérature, en peinture, en musique ou en amitié. Idir a été une des premières fortes rencontres musicales pour moi. J’étais toute petite et ma grand-mère avait un petit poste-cassette et faisait tourner en boucle son premier album quand elle avait un moment de repos. Quand je l’ai rencontré bien des années plus tard, j’étais tellement émue que j’avais bien du mal à lui parler. J’ai un immense respect pour lui et pour sa démarche artistique et de vie en générale. Il est toujours resté dans la même ligne, le même respect et le même combat pour des valeurs que je partage. Sur un autre registre, j’ai beaucoup aimé Cheikha Rimiti, que j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois. C’était une grande dame de la chanson et je déplore le fait que l’Algérie ne lui ait pas rendu plus d’honneurs, comme à tant d’autres par ailleurs. A part cela, Bob Marley, Stevy Wonder, Sting, Dahmane El Harrachi, Guerrouabi, Djamel Allam, Akli D., les Gnawa d’Essaouira ont tous résonné en moi.

-Peut-on parler de nouvelle vague de la chanson algérienne, avec Sidi Bémol, ONB, Amazigh Kateb, Souad Massi, Samira Brahmia... et qu’ont-ils de commun ?

C’est une «nouvelle vague world» qui dure depuis plus de 15 ans, avec quelques albums annonciateurs comme Salem de Youcef Boukella, Kutché de Khaled et Safi Boutella, puis Poulina de ‘ONB et Algeria de Gnawa Diffusion… Ce qu’ils ont tous en commun, c’est l’air et les influences de notre temps et, bien évidemment, l’Algérie. Ils contribuent, avec d’autres, à enrichir nos musiques et nos cultures, qu’elles soient algériennes ou universelles, mais chacun à sa manière. Cheikh Sidi Bémol est une grande vague à lui seul... qui s’en  va... et revient sans cesse lécher les côtes de l’Algérie. C’est notre meilleur auteur du moment, le plus proche du peuple et le plus prolifique. Il a toujours trois albums d’avance dans sa tête et ne se contente pas de suivre une recette ou d’aller dans le sens de ce qui marche, bien au contraire. Respect total !

L’ONB, je les appelle «la machine de guerre de la musique», c’est fort, ça fait bouger, sans trop faire réfléchir. Leur impact est plus fort en musique qu’en chanson. C’est un groupe bien installé dans le paysage musical français et qui va, je l’espère, continuer à nous étonner. Ils ont contribué à ouvrir, avec Amazigh Kateb, Djamel Laroussi, Akli D. ou Karim Ziad, les portes à toute une vague de chanteurs et musiciens «world». Je pense à Labess qui vit au Canada, à Samira Brahmia, Samia Diar, Djmawi Africa, Essi Moh ou un jeune groupe du nom de Dendana. Souad Massi, dans un autre registre, a su conquérir un public français et ce n’est pas chose facile. Elle a pu, dès son arrivée en France, trouver un environnement professionnel de qualité et cela lui a donné une assise et un confort de création qui est essentiel.

-Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Je travaille sur la finition de l’album de Fanfaraï, sa sortie, la recherche de dates de concerts pour mes groupes et sur la préparation des tournées d’été... qui vont d’ailleurs nous mener avec Daxar, Global Gnawa et Fanfaraï à Tlemcen et Oran, ce dont je suis très heureuse, c’est si bon de jouer chez nous. Je me prépare, également, à commencer la production du prochain album de Youss (ex-Intik) qui est un artiste unique en son genre et qui a tant à dire. C’est difficile de mener tout cela de front, mais heureusement la passion est un moteur efficace.

 
El Watan  

 

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