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SAMIR TOUMI et CHEBA YAMINA PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Entretien
Écrit par Saliha Abdenbi   
Lundi, 04 Mars 2013 23:27
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SAMIR TOUMI et CHEBA YAMINA
Promesse tenue

Promesse tenue

 

La salle Hellenique, sise au 5757, Wilderton, de Montréal, a abrité, la soirée du 2 mars 2013, l'événement tant attendu, le spectacle des artistes de l'Algérois, Samir Toumi, et de Chaouia, Cheba Yamina. Invités par Djamel Lahlou, l'organisateur, les deux artistes ont accepté de partager à cœur joie, avec leur public, leurs projets, leurs souhaits et quelques moments de leur vie à travers les entretiens que voici.


Entretien avec Samir Toumi

SAMIR TOUMI et CHEBA YAMINA
    Promesse tenue Comment êtes-vous passé de l'ingénieur agronome au chanteur de hawzi?

D'abord avant que je ne sois agronome de formation, j'ai commencé la musique andalouse très  jeune, depuis 1980-1981, donc depuis 32 ans dans l'association El Morssilia. Alors, j'ai 32 ans de métier. La musique andalouse était ma formation de base. J'étais musicien et j'ai accompagné pratiquement tous les chanteurs algériens dans leurs galas, fêtes, mariages et aux  studios. Puis, dès que j'ai terminé ma formation d'agronome, j'ai entamé ma carrière en tant que chanteur.

Qu'est-ce qui vous a motivé à chanter en kabyle, vous qui êtes interprète presque exclusif de hawzi ? Pourquoi ce retour aux sources?

Oui, c'est un retour aux origines. C'est qu'à la base, je suis kabyle, je suis de Maatka, de Boghni. Il est vrai que j'ai fait de la musique hawzie, andalouse, mais je suis sensé être un chanteur de fêtes et de mariages et qui dit fête dit variété, et le kabyle fait partie de la variété et du répertoire (culturel de la chanson). Donc, je suis obligé de chanter le kabyle, comme j'ai chanté le Constantinois, l'Algérois et tous les styles maghrébins. À l'occasion, j'ai produit un CD en kabyle, les paroles et la musique de Dda Amar (Amar Azzouz). J'ai chanté de nouvelles chansons, mais j'ai repris quelques musiques qui sont un peu connues avec de nouveaux textes. J'ai interprété également " Bésamé mucco " en français, en kabyle et en arabe qui est sur le net d'ailleurs. Voilà!   

À votre avis, introduire le genre hawzi dans la chanson kabyle est-elle une œuvre audacieuse et risquée ou pas?

D'abord, il existe le chaâbi en kabyle. Il est vrai que hawzi c'est une autre école, mais rien n'est interdit. Si on peut évoluer pour arriver à chanter hawzi en kabyle pourquoi pas. En fait, ce qui fait la différence entre le chaâbi et hawzi c'est l'interprétation même quand le texte est le même. Il y a aussi la manière qui est différente. En général, le chaâbi est dérivé de hawzi : on trouve avec le même texte, El Anka, le cardinal de la chanson chaâbi, qui interprète avec un style, le sien et Abdelkrim Dali, le pionnier de la musique andalouse et hawzi, interprète et chante à sa façon, avec un style différent. Alors automatiquement, on peut passer de la chanson chaâbi kabyle  à la chanson hawzi kabyle. D'ailleurs dans ma façon de chanter en kabyle, on peut trouver une touche, une petite sensibilité vocale algéroise hawzi qui m'appartient avec laquelle le public me reconnaît, même si je garde l'âme kabyle.  

Pourquoi la reprise de Bésame Mucho (" embrasse-moi fort " de la mexicaine Consuelo Velázquez particulièrement?

En fait, ce sont des textes qui m'ont été proposés par Dda Amar (Amar Azzouz), l'un des grands auteurs de la musique kabyle, un grand mélomane, un artiste et  ancien ministre du travail. Les chansons " Houz Houz a Yamina ", " Chdhah Chdhah a Taous ", " Kheloudja ", etc. sont à lui. Il m'a proposé " Bésame Mucho ", qui est déjà un tube, et je l'ai chantée.

Vous faites des duos avec des artistes, comment réussissez-vous à les produire dans les normes? Sur quelles bases choisissiez-vous vos duos?

D'abord le style et la technique vocale. Quand je dis la technique vocale c'est un tout. C'est-à-dire, quand on choisit, on ne doit pas faire de sentiments. Je choisis, par exemple, une personne qui a une belle voix et qui correspond à mon style. Il faut dire qu'il est difficile, techniquement parlant,  de faire un duo entre une femme et un homme. Quand on ne tombe pas dans la même gamme pour chanter, on n'est pas à l'aise parce qu'on doit faire des concessions. Le dernier duo avec Fella était une réussite totale. Le duo était d'une grande cohésion. Sur le plan technique, c'est comme si on chantait d'une même voix, c'était l'un des duos les plus réussis, magnifique.  

Que voulez-vous apporter en vous ouvrant à d'autres styles de musique?

Avec le temps et à force de travailler, à force de toucher aux nouvelles choses, on peut créer un style. Remarquez la musique a changé. Il y a quelques années, on chante un répertoire d'une façon et aujourd'hui on le chante d'une autre façon. Donc, on essaye de s'adapter et d'être à jour. D'ailleurs, cette façon de s'adapter permet de créer un style. Mais, j'essaye d'abord d'être présent en tant artiste et d'avoir un public. À l'occasion, vu que je suis de formation classique andalouse, j'ai participé à la sauvegarde du patrimoine (culturel) en enregistrant deux coffrets de musique classique hawzi et " qsid ". J'ai fait cela pour le nom, c'est-à-dire, qu'après 50 ans ou un siècle, on trouvera quelques enregistrements qui ont été sauvegardés par untel, Samir Toumi ou par d'autres chanteurs qui sont de la même école que moi. 

Quels sont vos projets? Vos aspirations?

Il y a, en général, du nouveau, mais on fait aussi des reprises par nostalgie. On revient à nos traditions. Quand on voit nos mariages, nos fêtes et les baptêmes, on trouve l'ambiance à 90 % traditionnelle. Donc, on revient toujours aux anciennes chansons qui sont d'abord liées à ces événements de la vie,  impérissables et ne se démodent pas. J'essaye aussi d'utiliser des techniques d'enregistrement nouvelles et des techniques et sensibilités vocales nouvelles. C'est une manière de donner un nouveau souffle aux chansons et de rendre hommage à leurs auteurs. Je pense à Sami El Djazairi, Rabah Driassa ou Dehmane El Harrachi. Lors des fêtes, on en fait des enchaînements en " life " de l'Algérois, du Constantinois, etc. en plus des nouvelles chansons qui ont été écrites pour moi.

À l'occasion du 8 mars 2013, qu'aimeriez-vous dire aux femmes de la communauté de Montréal et les lectrices de kayena.com?

Si je suis aujourd'hui ici à Montréal, c'est grâce à la femme. Parce que la femme contribue énormément au succès de l'artiste beaucoup plus que l'homme. Nous, en tant que chanteurs de variété, notre public est plus féminin que masculin qui préfère le chaâbi. Donc, à chaque fois que c'est possible, nous lui rendons hommage. Pour le 8 mars, malheureusement, je ne serai pas là, je serai à Alger et je chanterai à El Mougar, mais ce soir, on va faire deux en un.




   
Entretien avec Cheba Yamina

SAMIR TOUMI et CHEBA YAMINA
    Promesse tenue Comment va votre famille, particulièrement, votre fils ?

Mon fils souffre d'une maladie un peu grave. Il est très malade. Il est en France entre de bonnes mains, il est entouré par ses médecins. Je garde espoir et je suis patiente.

Vous êtes une figure très célèbre de la chanson chaouie.  Vous l'avez modernisée (en introduisant la guitare électrique, la basse, la batterie) sans qu'elle ne perde de son originalité, avez-vous atteint vos objectifs ? Si non, quelles seraient vos attentes ?

En fait, je ne suis pas arrivée à ce que je veux encore. Chaque artiste désire atteindre la renommée mondiale. J'y travaille, petit à petit.

Avez-vous des projets pour chanter en berbère, comme " Lahwa Udrar ", " Sous Mami sous "?

Pour le moment non. Peut-être plus tard. Parce que les compositeurs chaouis ne sont pas nombreux. En plus, la génération actuelle est plus arabisée. Ce n'est pas comme les Kabyles qui ont gardé leur dialecte. On chante uniquement le rythme avec une voix chaouie, mais le texte est en arabe.  

Vous avez déjà fait du théâtre, avez-vous des projets pour le théâtre à l'avenir ou est-ce que c'est le divorce définitif?  

Je n'ai pas abandonné le théâtre, mais peut-être plus tard. À l'occasion, je viens de terminer le tournage d'un film où j'ai accepté un très beau rôle, un rôle d'une chanteuse dans un mariage. C'est un film coproduit entre l'Algérie et la France, intitulé " Bent Lahlal ". On m'a félicitée pour l'avoir bien joué, spécialement, parce qu'il y a longtemps que je n'ai pas joué. C'est l'histoire d'une fille émigrée qui habite en France et devient journaliste, mais qui doit faire face à la mentalité rétrograde de sa famille. Ce n'est pas une histoire dramatique, mais plutôt humoristique. Enfin, j'en suis contente et j'aimerai bien avoir d'autres propositions pour d'autres films. J'aimerai bien être dans le cinéma. Je suis également ouverte à des propositions dans le théâtre.

Pensez-vous que faire du théâtre est difficile pour une femme, en Algérie, ou est-ce que c'est le théâtre qui n'a pas la place qui lui revient?

Le théâtre n'est pas difficile pour les femmes, mais il n'y a pas encore de place pour elles. En fait, la plupart des scénarios sont écrits par des hommes et pour les hommes. Ils sont basés sur des rôles essentiellement masculins et la femme a toujours un rôle secondaire, elle remplit le vide. C'est pour cela que la femme n'a pas émergé au théâtre. Lorsqu'une femme écrira elle-même le texte, elle le fera en tenant compte de sa situation. 

Vous êtes critique vis-à-vis des responsables de la culture en Algérie, à votre avis que doit faire l'artiste pour défendre son statut ?

Il faut d'abord que les artistes soient solidaires. Il y a malheureusement des artistes qui ne se soutiennent pas. Chacun agit  seul. Nous ne sommes pas unis et n'y a pas d'entente entre nous. Un jour, cette situation se retournera contre l'artiste. Dernièrement, nous avons été invités au Maroc et on nous a donné des cachets minables. Au départ, je ne voulais pas signer. Comme tout le monde a signé, alors j'étais obligée de le faire aussi. Beaucoup d'artistes ne considèrent pas ce qu'ils font comme un métier et source de leur subsistance et de leur reconnaissance. D'ailleurs, même le langage utilisé est inapproprié. Lorsque l'on nous invite, il nous est demandé d'animer la soirée et on n'est pas sollicité pour travailler. J'ai horreur de voir des gens me solliciter pour animer un spectacle ou une soirée. Moi, je veux travailler, je ne me laisserai pas dévaloriser, il y va de ma réputation. 

Que souhaiteriez-vous pour les femmes à l'occasion du 8 mars 2013 ?

Je salue toutes les femmes du monde, qu'elles soient arabes, musulmanes, juives ou autres. Je salue les femmes de Montréal qui endurent ce froid, quoique vous soyez habituées. Je leur souhaite une bonne année 2013 et aller de l'avant davantage.

Pour ce qui est de la relève, si votre fille, Meriem, voulait chanter, l'encourageriez-vous ?

Ma fille, Meriem, a voulu chanter quand elle était en Algérie. Elle a même enregistré un " single ". Une fois, elle a été invitée dans une émission de télévision, mais elle a été refusée à la dernière minute. Tous les artistes programmés à cette émission sont passés excepté ma fille. Nous ne connaissons pas les raisons de ce refus à ce jour. Depuis cet incident, elle a été découragée et a refusé de chanter en Algérie. Aujourd'hui, elle vit à New York, elle y travaille, mais elle n'a pas abandonné ses rêves de chanter un jour ou de faire du cinéma.

Après " Farhak Ya Laâziza " et " Ya Diwan Essalhin ", prépariez-vous un autre album ?

En fait, mon dernier album, sorti fin de 2012, s'intitule " Khardjou El Khiala ". Mais pour le nouvel album tout est prêt, je rentrerai au studio dans un mois.

Un dernier mot ?

Je remercie kayena.com ainsi que toutes ses lectrices et tous ses lecteurs. Je dis bon courage particulièrement à toutes les femmes, car elles sont  courageuses et fortes dans tous les domaines.

Entretiens réalisés par Saliha Abdenbi

 

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