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ABDELKRIM TAZAROUTE À L’EXPRESSION PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Entretien
Écrit par BMS1927   
Jeudi, 03 Décembre 2009 23:36
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«Guerouabi a payé cher son succès»

L’Expression: De prime abord on est tenté de vous dire: pourquoi Guerouabi?

Abdelkrim Tazaroute: Je suis tenté de vous répondre sans réfléchir en vous disant parce que c’est Guerouabi. Un monument de la chanson algérienne. Un artiste hors pair qui a, des années durant, fait élargir l’audience du chaâbi et du hawzi parce qu’il excellait dans ces genres et ce n’était pas évident du tout. Le genre est difficile et il faut savoir qu’il faut avoir vraiment du métier comme on dit, du professionnalisme et un timbre de voix exceptionnel pour se démarquer et s’imposer. A bien voir, ils sont nombreux à s’autoproclamer cheikh, mais les véritables stars du chaâbi se comptent sur les doigts d’une seule main. C’est dire qu’il est extrêmement difficile de s’imposer dans le genre. Le châabi est fastidieux à l’écoute pour les profanes, la poésie chantée n’est pas à la portée du premier venu et les mélodies, hors les khlass, la partie rythmée, hedi de la fin d’une qaçida, les chanteurs de chaâbi doivent faire preuve de maîtrise de leur art et étaler leur talent. El Anka, le maître incontesté du genre avait son aura, El Hachemi en digne héritier s’est imposé en empruntant une autre voie, d’autres à l’image d’El Ankis, Ezzahi et autres Réda Doumaz et Kamel Messaoudi ont su, chacun de son côté, émerger avec un apport, une autre approche de l’interprétation du genre.
Guerouabi pourquoi? Parce que j’adore ce chanteur. C’est grâce à lui que j’ai aimé le chaâbi, parce qu’enfin, je comprenais les qcid. Et puis, il ne faut pas oublier que pour au moins deux générations, c’était le modèle, l’idole des jeunes. Comme il était soucieux de sa petite personne comme on dit, il était toujours bien sapé et il était dans l’air du temps. Nombre de personnes avouent avoir adopté sa coupe de cheveux et ses tenues vestimentaires. Donc au-delà de ses qualités d’interprète et d’artiste, El Hachemi a marqué les jeunes par la note de fraicheur et de jeunesse qu’il a apportée à la sphère musicale algérienne.

Quel est le lien qui vous unissait?
Je n’étais pas un de ses amis ni un de ses proches. Beaucoup de gens se revendiquent maintenant de son amitié alors qu’il était plutôt du genre solitaire. Avec Guerouabi c’était un rapport professionnel. Il était de ceux qui accordaient très peu d’interviews à la presse. J’avais tenté ma chance en 1986 et j’ai obtenu un entretien d’une page qui a fait, à l’époque, la une du journal Horizons. Enorme succès. J’étais bien reçu par Guerouabi et la rencontre a eu lieu au café de la Marine. Il était seul et sirotait un thé si ma mémoire ne me trahit pas. Je m’étais préparé à affronter un monument de la chanson algérienne et je me suis présenté avec une quarantaine de questions. Guerouabi a pris le temps de les lire et il a souri à la fin en me lançant: «Mais c’est un livre sur moi que tu veux écrire, pas un entretien.» J’étais surpris. Je n’ai pas dit un mot. J’étais intimidé.
Il faut dire qu’il était imposant et il avait une voix qui m’a déstabilisé. Bref, je l’ai revu trois jours plus tard et lors de cette deuxième rencontre, il s’est livré et m’avait parlé du prix de la gloire, comprendre qu’il a payé cher son succès et que cela lui avait attiré bien des ennuis. Il était affable et avenant. Et depuis, une confiance s’est installée, j’allais le saluer dans sa loge lorsqu’il donnait des spectacles à Alger et lorsqu’il animait des fêtes familiales.

Quelle a été votre démarche dans l’écriture de la biographie de Guerouabi?
J’avais parlé du projet d’écriture à Madame la ministre de la Culture, Khalida Toumi, et elle était d’emblée enthousiasmée. A vrai dire, j’avais passé un genre de test. Elle voulait être convaincue que je maîtrisais le sujet. Donc, j’ai étalé mes arguments et j’ai parlé de l’artiste, de son label et de sa particularité. J’ai, notamment insisté sur l’apport de Guerouabi dans la préservation et la promotion de cet art ancestral non sans lui rappeler que rares sont les chanteurs qui peuvent interpréter Allô, Allô sans prendre le risque de se planter, alors que El Hachemi était crédible dans chaque chanson et réussissait l’exploit de donner une autre dimension aux qcaïd chantés par des chouyoukh avant lui. Me concernant, je ne peux écouter et apprécier des standards du chaâbi que s’ils sont interprétés par Guerouabi à l’image de El Harraz, Youm el Djemaâ... Pour revenir à votre question, au départ c’était une démarche classique de l’écriture d’une biographie, mais la maladie de Guerouabi et son décès ont tout chamboulé. J’ai dû reprendre presque entièrement mon livre. Et pour cause! Il a eu droit à un hommage unanime de la presse et des personnalités du monde artistique, politique et sportif. L’Algérie était en deuil. J’ai alors tenu à photographier cette séquence, unique, inédite. Faire revivre cette séquence au moyen de l’écrit.

Avez-vous d’autres projets?
Je suis un passionné de l’écriture et comme j’ai entamé ma carrière de journaliste en tant que critique de cinéma et de journaliste de la culturelle, j’allais dire que j’ai retrouvé mes marques en écrivant la biographie de Guerouabi. On apprend énormément de choses lorsque vous partez de zéro. Chemin faisant, vous découvrez que beaucoup d’autres artistes méritent d’être de nouveau présentés. C’est un devoir de mémoire et une reconnaissance pour des hommes et des femmes qui ont consacré leur vie à l’art et ce en dépit des pesanteurs de nos traditions. Je me suis rendu compte aussi, que l’Algérie, son histoire pouvaient être racontées en chansons. Chaque étape s’est illustrée par des compositions musicales. Une biographie sur Mohamed Lamari va bientôt paraître et j’ai déjà entamé les recherches concernant Cheihk Sadek Lebjaoui et Brahim Izri.

Propos recueillis par Nabil BELBEY
L'Expression
 

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