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Notre journaliste a été retenu contre son gré 4 jours durant à l’aéroport de Damas PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Nouvelles
Écrit par Zine Cherfaoui   
Mercredi, 13 Avril 2011 00:00
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Situation de la presse en Syrie : Témoignage vivant d’un expulsé

-Jeudi 7 avril 2011, 6h35. Le vol régulier de la Syrian Arab Airlines en partance d’Alger pour la capitale syrienne, sur lequel j’avais pris une place en classe économique, atterrit tout en douceur sur le tarmac de l’aéroport international de Damas, quatre heures après le décollage.

Damas (Syrie).
De notre envoyé spécial


Aimable durant tout le vol, le personnel de bord nous souhaite, malgré une fatigue apparente, un bon séjour à Damas avec le sourire. Que demander de plus, d’autant que la météo annonce une journée radieuse ? Bien que n’étant pas du tout superstitieux, je me dis que tout cela est de bon augure pour une mission qui s’annonce, quoiqu’on en dise, compliquée. Il faut dire que par les temps qui courent, aller jusqu’à Deraa pour faire un reportage sur ce qui s’y passe et y rencontrer des militants des droits de l’homme n’est pas vraiment évident, surtout que je savais que les services de sécurité syriens – qui considèrent les journalistes étrangers comme des agents en puissance – n’allaient pas me lâcher d’une semelle. Quoiqu’il en soit, j’étais tout de même loin de m’imaginer que ma mission allait se terminer avant même d’avoir commencé. Pour chasser le cafard, je me dis que le terrain, en Syrie, ne doit pas être plus difficile qu’en Libye où je devais me rendre, une semaine auparavant, via Le Caire. D’ailleurs j’attends toujours que l’ambassade d’Egypte à Alger statue sur ma demande de visa.

Dès que la porte de l’avion s’ouvre, je saisis machinalement mon sac à dos, vérifie mes papiers (passeport, ordre de mission, carte de presse) et fais en sorte qu’ils soient à portée de main. Tout en me dirigeant vers les guichets de la police de l’air et des frontières syrienne, j’essaye de me préparer à la foule de questions auxquelles j’allais être soumis. Je m’étais fait à l’idée qu’on ne me laisserait pas entrer en Syrie sans me «cuisiner» un peu avant. C’est la règle dans tous les régimes totalitaires. Un confrère d’El Watan qui a eu à pratiquer le terrain syrien il y a trois ans m’a averti, avant mon départ, que cela n’allait pas être facile. Je décide donc de rester zen autant que possible. Le plus important étant d’arracher la permission de travailler… même si cela devait se faire au prix d’un interrogatoire serré.

Ça valait le coup. Et puis, avec ce que l’on a vécu ces 20 dernières années, le risque, on connaît un peu… Après 10 minutes d’attente, je me présente enfin devant le préposé au guichet de la PAF, un jeune homme en uniforme bleu nuit qui ne semblait pas très heureux de mettre des empreintes de cachet humide sur des passeports à 7h du matin. Visiblement harassé par la nuit blanche qu’il venait de passer à inspecter des papiers de voyageurs, c’est presque les yeux mi-fermés qu’il commence à vérifier mon passeport. Tout va bien jusqu’au moment où je le vois sursauter sur son siège, se redresser et écarquiller soudainement les yeux comme s’il venait de prendre deux tasses de café d’un coup. «Marhaban sayidi, hal anta sahafi ? (Bienvenue Monsieur. Etes-vous journaliste ? ndlr)», dit-il sur un ton neutre. Je réponds très calmement que c’est effectivement le cas et que je suis là pour une série d’articles sur la Syrie. Sans trop chercher à en savoir plus, mon interlocuteur me demande de me mettre à l’écart et d’attendre, le temps qu’il aille consulter son supérieur hiérarchique. Jusque-là, rien d’anormal. Je m’attendais à ce que l’on me réserve un «traitement» particulier. Deux minutes plus tard, le jeune pafiste revient me voir et m’invite à le suivre. Nous entrons dans un bureau où semble m’attendre de pied ferme son fameux supérieur. Lui aussi donne l’impression d’avoir été extirpé de son sommeil. Sans se présenter et sans même m’inviter à m’asseoir, l’officier en question – installé derrière un vieux bureau métallique gris sur lequel étaient posés quelques registres, une tasse de café fumant mais sans arôme et un cendrier rempli de mégots de cigarettes – me demande, tout en feuilletant méticuleusement mon passeport, pour quel journal je travaille et quel est l’objet de ma visite à Damas.

Une présentation politiquement correcte d’El Watan

Après avoir fait une présentation «politiquement correcte» d’El Watan pour ne pas heurter sa sensibilité de fonctionnaire, j’explique à nouveau, sur une note d’humour, histoire de briser la glace, que mes intentions sont bonnes et que je ne suis là que pour un reportage d’une semaine uniquement. Bien entendu, je tente de rassurer mon interlocuteur en affirmant que je ne repartirais pas de Syrie avant d’avoir pris le soin de tendre le micro aux officiels syriens. Notre officier note soigneusement mes réponses en arabe, d’une écriture minuscule, sur une petite fiche agrafée sur la couverture de mon passeport. Après avoir épuisé ses questions, il m’explique qu’il ne peut pas m’autoriser à quitter l’aéroport avant d’avoir eu le «OK définitif» du ministère syrien de l’Information. Comprendre, bien évidemment, la toute-puissante police politique syrienne. L’officier précise, en outre, qu’il va falloir attendre 8h30, heure d’ouverture des services de l’administration, pour avoir une réponse. Aussi m’invite-t-il à aller patienter gentiment en zone internationale, le temps d’avoir lui-même un retour d’écoute du pouvoir réel syrien. Sans même attendre une réaction de ma part, il se lève et met mon passeport dans une armoire métallique de la même couleur que son bureau. Armoire qu’il ferme à double tour. J’obtempère.

Avais-je choix ? Mais avant de quitter les lieux, je demande une faveur : fumer une cigarette. Après une fraction de seconde d’hésitation, l’officier me laisse faire, non sans montrer un petit signe d’agacement. Avait-il peur qu’on l’accuse de composer avec l’ennemi? Sincèrement, je n’ose pas lui poser la question de crainte de compliquer mon cas ou de compromettre mes chances d’accéder sur le territoire syrien. Je me suis donc contenté de me concentrer sur ma cigarette. Ce n’est qu’après l’avoir «grillée» entièrement que je me suis résolu à sortir. Pour éviter que l’on m’oublie, je m’installe en face du bureau de notre officier. Je m’arrange même pour rester à portée de son regard. Pour «tuer» le temps, je tire de mon sac à dos le pli de journaux que j’avais pris soin d’emporter avec moi et me met à relire, en premier, les quotidiens sportifs histoire de me changer les idées. J’avoue que sur le coup, je me suis un peu senti frustré de rater les matchs des quarts de finale de la coupe d’Algérie... Après les avoir épluchés, je me mis sans transition aux mots croisés.

Au bout de la deuxième grille (je venais certainement de tuer un peu plus d’une heure de temps), le jeune pafiste que j’avais trouvé à l’accueil à mon arrivée se dirige vers moi. Confiant, je me dis que ça allait être enfin la délivrance, surtout qu’il n’a pas l’air d’être porteur d’une mauvaise nouvelle. Arrivé à ma hauteur, il m’annonce à voix basse que ma présence en Syrie n’est pas souhaitée. Après un bref temps d’arrêt, il ajoute que la décision est irrévocable et que je suis bon pour l’expulsion. Déçu, je réplique instantanément que «sa» décision n’est rien d’autre qu’un abus et qu’elle n’a pas de sens, d’autant que les journalistes algériens ne sont soumis à aucune autorisation préalable pour entrer sur le territoire syrien. Je lui précise, par ailleurs, que l’ambassade de Syrie à Alger, avec laquelle j’ai pris attache avant de venir, n’avait émis aucune réserve. «Vous pensez bien que si j’avais su que les journalistes étaient indésirables, je ne serais pas venu, je n’aurai pas fait autant de kilomètres. Mais là, je vous répète que vous n’avez émis aucune note… Ce n’est pas normal tout ça», lui dis-je, irrité, en arabe classique pour être sûr d’être compris. Pour seule réponse, il me répète, quelque peu gêné, qu’il ne peut plus rien pour moi et qu’il ne me reste plus qu’à repartir en Algérie. La police politique syrienne venait d’émettre son verdict. Ce n’était effectivement pas la peine de me fatiguer davantage à essayer de faire entendre raison à mon interlocuteur. Sur le coup, je ne pouvais pas m’empêcher d’essayer de comprendre comment un peuple qui a inventé l’un des tout premiers alphabets de l’histoire de l’humanité et qui a bâti une dynastie qui a régné sur toute la région et même au-delà soit devenu l’un des ennemis les plus zélés de la liberté d’expression. De la liberté tout court. Mieux, je ne comprenais pas ce que «foutait» l’Algérie dans le club de dictateurs qu’est la Ligue arabe et pourquoi elle persistait à entretenir des relations avec des pays aussi infréquentables !

Le silence radio des autorités syriennes

A la question de savoir quelle allait être la suite des événements et surtout quelle était la procédure à suivre pour justement rentrer «chez moi» au plus vite, mon interlocuteur n’avait pas de réponse à me donner. J’avais l’impression de lui avoir posé une colle. Il est vrai que chez eux, c’est d’une manière beaucoup plus expéditive que l’on se débarrasse des gens encombrants. Il me promet toutefois de se renseigner. Avant de partir, il m’invite à me rasseoir après m’avoir demandé la date de retour inscrite sur mon billet d’avion. «J’ai un OK pour le 17 avril. C’est dans dix jours. Tout ce que je demande, c’est qu’on me mette dans le premier vol pour Alger», lui répondis-je sèchement. «J’espère qu’ils n’iront pas jusqu’à me garder 10 jours dans cet endroit», me dis-je en mon for intérieur. Avec du recul, je suis maintenant sûr qu’ils auraient été capables de le faire. En me retirant mon passeport et mes bagages, ils me tenaient de toute manière en respect.

Le pafiste disparaît dans l’un des bureaux de l’aéroport. Je l’ai bien vu, de temps en temps, sortir d’un bureau pour entrer dans un autre, mais à chaque fois il semblait ne pas être vraiment enclin à me donner une réponse. En avait-il eu une lui-même ? Le manège dura durant près de deux heures jusqu’au moment où je l’ai vu sortir d’un bureau, habillé en «civil». Là, j’avais compris que mon sort ne l’avait pas du tout intéressé et qu’il n’avait fait que gagner du temps. Pourquoi ? Je ne le sais pas. La preuve : il allait rentrer bien tranquillement chez lui sans même avoir eu la correction de me dire à qui il fallait dorénavant m’adresser. Contrairement à mon arrivée, plus personne n’avait l’air de se soucier de moi. J’étais pris en otage dans l’engrenage froid de l’administration sécuritaire syrienne. Sans trop dramatiser, je venais d’être purement et simplement victime d’une séquestration «soft». Je le dis parce que dans la soirée même, il y avait un vol d’Air Algérie sur Alger et on n’a pas pensé à m’y mettre… Quand on déclare quelqu’un indésirable, on ne s’amuse pas à le garder.
Et puisque les choses avaient commencé à se gâter, j’avais pris la résolution, moi aussi, de faire moins preuve de patience. De toutes les manières, je n’avais plus grand-chose à perdre et ma mission était râpée. Je sus après que je m’en étais quand même sorti à bon compte.

La fatigue due au voyage additionnée à l’attente et à l’effet de l’annonce de mon «expulsion» finissent par avoir raison de ma «zen attitude». Au bout d’une autre heure d’attente en zone internationale et ne voyant rien venir, je me résous à aller demander des explications au responsable du «coin». Un pafiste me le montre du doigt. «C’est lui ?», lui dis-je.  «Oui, c’est bien lui. Allez-y», répond-il. D’un pas décidé, je me dirige vers ce responsable. «Pardon, je peux vous parler une seconde ?», lui lançais-je une fois arrivé à son niveau. «Oui, c’est à quel sujet ?», a-t-il répliqué. Après lui avoir expliqué mon cas, je lui fais comprendre le caractère scandaleux du traitement qui m’a été réservé par ses services. «Sachez, cher monsieur que je ne conteste plus votre décision d’expulsion. Vous avez le droit de laisser entrer qui vous voulez chez vous… encore que. Mais en même temps,  trouvez-vous normal qu’on me laisse poiroter pendant plus de 5 heures sans que personne ne me dise ce qu’il faut faire pour rentrer chez moi ? Ce ne sont pas des manières. Je suis un journaliste et non un criminel ou un repris de justice. Qu’on me rende mon passeport et ma valise et qu’on me mette dans le premier avion. C’est tout ce que je demande», lui lançais-je à la figure dans un accès de colère.

Visiblement confus et surtout pris au dépourvu (il n’avait sans doute pas l’habitude qu’on lui parle sur ce ton), il m’informe qu’en attendant que mon cas se règle, je peux toujours prendre une chambre dans l’hôtel qui se trouve au premier étage de l’aéroport pour me reposer. Il me prévient que la chambre la moins chère coûte 127 dollars la nuit et que l’hébergement est à ma charge. Il va sans dire que si je n’avais pas eu d’argent sur moi, j’aurais été probablement obligé de passer 4 jours en SDF… sur un banc d’aéroport. Non seulement on m’assigne à résidence, mais en plus il faut que je paye ! Le comble. Je fais remarquer à mon interlocuteur que sans passeport, je ne pas louer de chambre. Je lui fais comprendre que j’ai également besoin de ma valise. Une valise qu’il n’ont aucune raison de garder. Après un petit moment de réflexion, il s’engage à me faire une photocopie des premières pages de mon passeport et à m’accompagner à la réception de l’hôtel pour me faciliter les choses. Concernant la valise, il dit en revanche ne rien pouvoir faire pour moi. Après insistance de ma part, notre responsable accepte, in fine, qu’on me laisse prendre ma trousse de toilette, un pyjama et un tee-shirt propre. «C’est déjà ça !», me dis-je.

Assigné à résidence durant quatre jours

A la question de savoir pourquoi on ne veut pas me rendre mon passeport et ma valise, personne n’est capable ou ne veut me donner une réponse. Avait-on peur que je me sauve ? J’avoue que j’ai toujours du mal à comprendre. Les réponses qui me sont données me confortent dans l’idée qu’on va me faire passer un mauvais quart d’heure. En empruntant l’escalier menant à l’hôtel Cham Palace où j’allais prendre mes quartiers quatre jours durant, mon accompagnateur me confie : «On a décidé de t’expulser pour deux raisons. Primo parce que tu es journaliste et secundo à cause du contexte actuel. D’ailleurs, si cela peut te consoler plus aucun journaliste ne rentre. C’est la consigne !» Par contre, il ne me dit pas pourquoi on ne voulait pas m’expulser le jour même. Et c’est là qu’il arrête nette la discussion. Pour lui, il en avait probablement déjà trop dit. J’en étais en tout cas persuadé.
Cela a au moins l’intérêt de renseigner sur l’attitude que compte adopter le régime de Bachar Al Assad vis-à-vis de sa population si la contestation venait à perdurer. Et pour le moment, rien n’indique que cela va s’arrêter. Bien au contraire.
Dans ce cas de figure, tout laisse penser que le pouvoir syrien est décidé à commettre un bain de sang pour rester en place. Quand on écarte les médias indépendants d’une zone de conflit, c’est qu’on est prêt à tout.
Des témoignages de personnes revenues de Deraa ou de Homos affirment que  toute la population est déterminée à ne pas se laisser faire. Elles confirment toutes aussi le caractère extrêmement violent de la répression qui s’est abattue sur les populations des villes frondeuses. Un groupe de Bahreïnis, qui a séjourné dans le sud de la Syrie la semaine dernière, avec lequel j’ai pu échanger quelques mots… dans la «smoking room» de l’aéroport, avant qu’un employé de l’administration syrienne ne vienne y mettre le nez, parle de 150 morts dans la seule ville de Deraa.

Un Emirati, qui indique revenir de Homos, localité située au nord de Damas, atteste, pour sa part, que 14 jeunes manifestants sont tombés vendredi dernier sous les balles des forces de sécurité syriennes. Un trabendiste rencontré dans le café de l’hôtel de l’aéroport s’est dit, quant à lui, choqué par les exactions que commet quotidiennement la police politique syrienne. Il précise au passage que «les événements» ont eu pour effet de faire fuir les touristes et de freiner considérablement l’économie syrienne. Mon compatriote n’a pas tort. Preuve en est, les commerces de l’aéroport ont tourné aussi au ralenti durant mon séjour. En dehors des allées et venues de pèlerins et de trabendites, l’aéroport international de Damas était vide durant les trois quarts du temps. «Ils (les éléments de la police politique) ont leurs indicateurs partout. Ici, rien ne peut se faire sans eux. Je te jure qu’au moindre faux pas, on te fait disparaître. Toi, par exemple, je suis sûr qu’ils t’auraient fait quelque chose s’ils t’avaient laissé sortir. Ici, les moukhabarate n’aiment pas les journalistes», assure Samir, un trabendiste spécialisé dans le business du tissu. Le témoignage de Samir n’est malheureusement pas exagéré. Des sources proches des autorités algériennes précisent d’ailleurs qu’un Algérien originaire de Ouargla, qui s’était rendu en Syrie pour un voyage d’études en compagnie de sa femme, a été récemment enlevé et torturé 6 jours durant. Ce n’est qu’au bout du 7e jour qu’il sera relaxé et rendu à son épouse. La cause ? Il a eu le malheur de prendre en photo l’intérieur d’une mosquée avec son téléphone portable. De quoi dissuader durablement le plus téméraire des touristes de se rendre en Syrie. Revenons à mon histoire. Après avoir donc loué une chambre d’hôtel, je me fixe comme priorité absolue d’avancer moi-même ma date de retour puisque la police syrienne ne semble visiblement pas dérangée à l’idée de me voir poiroter à l’aéroport de Damas jusqu’au 17 avril.

Cette réflexion me convaincra de commencer d’abord par donner une première alerte à ma rédaction, sans pour autant faire dans l’alarmisme. L’idée est de leur faire juste un point de situation. Une fois mon mail envoyé à partir du coin internet de mon hôtel – à part les messageries qui fonctionnement, les sites d’information sont difficilement accessibles. Les interfaces des journaux électroniques «sautent» aussitôt qu’on essaye d’accéder à un article –, je me suis dirigé vers le guichet de la Syrian Arab Airlines pour tenter d’avancer ma date de retour.
Ce qui fut chose faite, non sans avoir au préalable raconté encore mon histoire et attendu une petite une demi-heure. Lorsque, enfin, je récupère mon billet, le préposé au guichet de la Syrian Arab Airlines m’apprend naïvement (le contraire m’aurait étonné) qu’avant de prendre l’initiative de changer mes dates, il a d’abord pris soin d’en informer les services de «Al Amn Al Aam» (la sécurité générale, ndlr), c’est-à-dire ceux qui ont pris la décision de m’expulser. Là, j’ai vite compris que même en étant en zone internationale, sans passeport et sans bagage, j’étais surveillé de près. C’est ce constat qui m’a d’ailleurs convaincu de prendre attache une nouvelle fois avec ma rédaction et de tirer la sonnette d’alarme. Je me dis qu’avec ce genre de régime, vaut mieux prévenir que guérir. Inutile de dire que les articles qui m’ont été consacrés par la presse papier et électronique ont permis de desserrer quelque peu l’étau et, sans aucun doute, de me mettre définitivement à l’abri.

Je dois dire que le seul moment où j’ai pu réellement faire abstraction de mon environnement, c’est bien lorsque j’ai reçu la visite, par deux fois, des représentants de notre ambassade à Damas. Très sympathiques, je pense qu’ils étaient aussi contents de me rencontrer que moi de les voir. Dans leurs yeux, j’ai senti qu’ils voulaient parler et que le pays leur manquait beaucoup aussi. J’ai également ressenti une joie indescriptible lorsqu’on me rendit mon précieux passeport. Ils auront quand même attendu jusqu’au dernier moment (30 minutes avant le départ de mon vol) pour me le restituer avec mon… avis d’expulsion. Le tout m’a été remis pour ainsi dire au pied de l’avion. Etrangement, l’avis d’expulsion qui m’a été délivré ne mentionne pas la raison de mon refoulement. La sécurité générale endosse quand même la responsabilité de mon refoulement. Là, il n’est plus question du ministère syrien de l’Information, comme on me l’a expliqué à mon arrivée à Damas.
En tout et pour tout, j’ai dû évoluer sur une surface qui ne dépasse pas la superficie d’un terrain de foot. Impossible de faire un pas sans me sentir épié, surveillé. Je suppose que pour mes chaperons, la filature a dû être facile, car l’aéroport de Damas n’est pas immense. Ce manège ridicule, mais qui, néanmoins, à la longue, tape sur le système, a duré durant quatre jours. Quatre longues journées durant lesquelles il m’a été interdit de humer de l’air frais et de jouir de ma liberté. Quatre jours qui m’ont permis de comprendre encore davantage pourquoi des régimes comme celui sur lequel trône aujourd’hui Bachar Al Assad ne doivent pas exister au XXIe siècle.


EL WATAN
 

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