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LES COURS PAYANTS PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Société
Écrit par Abdenour MERZOUK   
Mardi, 10 Mai 2011 01:28
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La grande arnaque

Beaucoup d’élèves commencent déjà à déserter les classes pour aller suivre des coursMême si le choix de faire suivre ou non des cours de soutien reste un acte individuel, personnel et relevant d’une liberté d’agir des parents, il est un devoir d’attirer l’attention sur le phénomène, de dénoncer son caractère lucratif et de refuser qu’il porte atteinte à une profession que beaucoup ont choisie par amour. C’est notre façon de rendre hommage à nos enseignants qui resteront à jamais des exemples pour leur humilité, leur sens du devoir...

L’approche des examens de fin d’année suscite parmi les candidats mais surtout chez leurs parents une réelle frénésie pour les cours particulier payants. Le phénomène prend des proportions dont les conséquences néfastes sont réelles. Beaucoup d’élèves commencent déjà à déserter les classes pour aller suivre des cours ailleurs. Même si le taux de réussite au Bac est enregistré dans des établissements de petites villes où les apprenants sont assidus et ne manquent la classe que pour une raison évidente, les parents continuent à rejeter du revers de la main tout argument contraire au phénomène des leçons particulières. Depuis l’Indépendance, l’Ecole algérienne est passée par des étapes importantes avant d’arriver à la situation actuelle. Après le gâchis de l’arabisation à outrance et irréfléchie, la faille de l’école fondamentale, la reforme entamée depuis quelques années a montré des limites. Le niveau des élèves baisse d’année en année.

Le désintéressement se généralise. Les plaintes fusent de partout et les accusations sont échangées. Bon nombre d’anciens regrettent le bon temps où la scolarité était simple mais oh! combien bénéfique. «On a appris à lire, à écrire et à compter. Ces trois activités ont permis de former des cadres qui, aujourd’hui, font le bonheur de pays et de sociétés à l’étranger... aujourd’hui quand je vois les affaires de mon petit-fils Mazigh (1re année moyenne) et de ma petite-fille Thilelli (3e année primaire) avec le nombre de matières étudiées chaque jour, j’ai la trouille...», nous dira Ammi Saïd, un ancien garde forestier, aujourd’hui à la retraite.

Le système éducatif algérien aura eu le mérite, ces dernières années, d’avoir inventé un enseignement particulier qui n’existe nulle part ailleurs. Les cours payants se développent et concernent désormais même les enfants scolarisés dans les premiers paliers. Ce qui, il y a quelques années touchait les élèves des classes d’examen du cycle secondaire et moyen, intéresse aussi les enfants scolarisés en cinquième voire première année du primaire. Sous l’oeil passif des chargés du secteur, des enseignants louent des garages, des sous-sols, des structures publiques et quelquefois leur domicile pour y exercer sans souci. «Les enfants qui s’entassent dans des locaux sont en danger. La sécurité des biens et des personnes est un devoir pour l’autorité. Les commerces informels sont combattus, n’est-ce pas une activité lucrative non déclarée et qui, de surcroît, met en péril des vies humaines avec la complicité de parents inconscients», pense un père qui n’a pas les moyens d’inscrire son enfant. «Moi je compte sur l’école publique. Le ministère doit offrir les moyens aux professeurs qui font convenablement leur travail et ils sont nombreux», ajoutera notre interlocuteur. Les règles élémentaires qui régissent le volume horaire, la nécessité pour l’enfant d’avoir des moments de loisirs et de repos, sont bafouées et remplacées par une course après les cours. Toutes les matières sont concernées par cette façon de faire qui a laissé émerger un comportement nuisible dans le secteur. Les élèves nantis n’accordent plus d’importance aux séances collectives dispensées en classe puisque le soir ils disposent de professeurs particuliers. Ce comportement a son influence sur le reste du groupe et les classes ont fini par devenir une simple escale obligatoire. «La surcharge, la démission collective, le manque de moyens, l’influence extérieure rendent notre travail pénible.

Au lieu de dispenser des connaissances nous passons la majeure partie du temps à faire le guet», commente Hamid un prof de français. Voulant avoir son avis sur le thème des cours payants, notre professeur reste catégorique. «Même si de nombreux parents me le demandent, Je ne ferais jamais ce travail parce qu’il s’agit d’une histoire de conscience». Nous apprendrons aussi que certains éducateurs qui n’ont de relation avec l’éducation que l’appellation, n’hésitent pas à réduire, telle une peau de chagrin, les leçons et le savoir à dispenser obligatoirement dans le cadre des programmes annuels pour «chasser» et reconvertir les élèves en clients potentiels. S’agissant des prix, nous saurons que le barème varie d’un prof à un autre, d’une matière à une autre. Le plafond serait 2500 DA/mois par candidat dans un groupe réduit à 12 élèves. Plus le nombre est important moins le prix est élevé. La moyenne admise dans le milieu reste un groupe de 30 enfants et plus pour 600 DA/mois par enfant. «Le ridicule qui ne tue pas» a fait que certains professeurs de lettres arabes et de philosophie, deux matières qui ont intégré le domaine ces dernières années en plus de l’anglais, très pointilleux sur la mixité, oublient le temps d’un cours, dans un garage, leur intransigeance sur la nécessité de séparer les garçons des filles. La mise à niveau, qui reste un acte pédagogique reconnu mondialement, obéit à des critères. Le nombre d’élèves, le diagnostic des lacunes, la spécificité du savoir à dispenser, le choix de l’horaire, l’étude du statut psychopédagogique de l’apprenant...sont autant de paramètres à prendre en compte dans cette mise à niveau.

Ne dit-on pas que la préparation d’un cours commence par l’étude du public? Pour pallier à ces conditions élémentaires, les enseignants spécialistes des cours, puisqu’il en existe, trient les candidats en ne prenant que ceux qui ont déjà une base intéressante. N’importe quel professeur pourra assurer un très bon résultat avec une classe regroupant des apprenants capables d’avoir un 12 en physique, en maths ou en sciences. Le choix des trois disciplines est volontaire puisque ces trois matières restent les plus demandées. Que donnent ces vendeurs de savoir aux élèves? Certains sont spécialistes et bénéficient d’une publicité gratuite laquelle renommée se construit d’année en année grâce au bouche-à-oreille. «Tel professeur est excellent». Ce professeur exerce dans un établissement étatique dont les résultats ne différent pas de ceux des autres établissements où les professeurs ne sont pas excellents. L’excellence n’est en fait, qu’un enseignement de qualité que les maître ou professeurs ne peuvent pas effectuer quotidiennement, eux qui sont conditionnés par un programme, des délais et des tests. «La majorité de ceux qui font ces cours, se limite à de longues séries d’exercices et des applications que nos prédécesseurs faisaient seuls ou en groupe lors des préparations des examens avec les fameux Bordas», nous dira un professeur du lycée Mira qui ajoute: «en classe normale, le temps n’est pas suffisant pour pareil travail. C’est là l’unique différence entre ce que font les donneurs de cours et ce que doit faire un enseignant en classe.» Un apprenant en passe de subir une évaluation en fin d’année, laquelle déterminera peut-être son avenir, est une proie facile au surmenage et à des accidents cérébraux. La pression exercée par les parents, qui n’exigent plus le Bac seulement mais une bonne moyenne pour faire médecine ou ingéniorat, des professions libérales, accentue le risque. La faute et la responsabilité incombent d’abord aux responsables du secteur, ensuite aux parents. La décision d’offrir la chance aux élèves ayant des résultats insuffisants et pour lesquels des sommes énormes ont été réquisitionnées n’a pas eu l’effet escompté. «Les associations de parents d’élèves doivent s’immiscer dans ce problème au lieu de se limiter à condamner les actions des professeurs. C’est à ces associations de combattre ce phénomène de société qui reste un signe ostentatoire des écarts sociaux qui scindent la société algérienne depuis l’avènement de l’économie libre», commente un professeur du lycée Ouamrane de Bouira. Les élèves qui fréquentent un établissement toute une semaine, évitent de s’y rendre pour venir combler leurs lacunes le soir ou les jours de repos. Les professeurs, qui gagnent pécuniairement beaucoup plus en formant eux-mêmes leurs groupes n’adhèrent pas à l’initiative. Face à ces deux facteurs, l’administration est restée les mains croisées voire passive, approuvant implicitement ce qui se passe dehors. La frange sociale qui aura avantagé et participé au développement du phénomène des cours reste celle des médecins.

En effet et selon un sondage la grande majorité des élèves qui font ces cours sont fils ou filles de docteurs, de directeurs. Rares sont les enseignants qui inscrivent leurs enfants. Ce rejet montre s’il le fallait que les plus proches du secteur savent pertinemment que ces cours restent inutiles quand l’enfant suit une scolarité normale. Quand il évolue dans un cadre propice l’enfant peut assimiler les programmes et progresser. «Comment un professeur accepte-t-il de donner des cours particuliers aux mêmes élèves qu’il a en classe, du moins certains?», s’interroge une dame qui, périodiquement, rend visite aux professeurs de sa fille inscrite en terminale. «Mes moyens financiers ne me permettent pas de lui payer des cours mais ses résultats sont à ce jour excellents. Inchallah elle me donnera la joie en fin d’année avec le Bac.» N’est-ce pas là un exemple concret du clivage induit? Il y a quelques années et juste après l’apparition du phénomène, les meilleures moyennes au Bac ont été réalisées par des filles scolarisées en internat au lycée Hamza, des candidates qui n’ont jamais suivi un cours hors de l’enceinte du lycée. Même si le choix de faire suivre ou non des cours scolaires reste un acte individuel, personnel et relevant d’une liberté d’agir des parents, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur le phénomène, de dénoncer son caractère lucratif et de refuser qu’il porte atteinte à une profession que beaucoup ont choisie par amour.

C’est notre façon de rendre hommage à nos enseignants qui resteront, à jamais, des exemples pour leur humilité, leur sens du devoir... Même retraités, ils continuent à être adulés et forcent le respect.

L'EXPRESSION
 

Commentaires  

 
0 #1 rahmouni djamel 25-06-2011 19:55
salam,

Les cours particulier sont devenus à la mode,un jour il ya 8 ans une élève de terminale et pendant le premier jour de contact ma demander si je donne des cours particuliers, j’été étonné par ce geste et j’ai répondu pour toute la classe : est-ce qu’on a pris des cours ensemble ? est-ce que ma méthode n’ai pas satisfaisante pour vous ? mais les cours n’on pas encore commencer ? pourquoi ces préjugées ?.
Selon le nouveau programme si le prof donne correctement son cours alors l’élève n’aura pas besoin de ces vendeurs d’exercices.
Mais le problème aujourd’hui c’est qu’il ya une majorité d’élèves poussé à être dans les classes d’examen et ne feront rien tous seul et ces eux qui remplissent des locaux de 60 élèves a 800DA /mois la place.
 

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