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La Grande Mosquée d’Alger PDF Imprimer Envoyer
Rubrique - Contribution
Écrit par AlI EL HADJ TAHAR   
Jeudi, 29 Mars 2012 00:21
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  (1re partie) Coût faramineux et minarets superflus

La Grande Mosquée d’Alger 
Coût faramineux et minarets superflusNous diffusons à compter d’aujourd’hui une série d’articles sur le projet de la Grande mosquée d’Alger, ses motivations, son intérêt et ses conséquences  socio-économiques sur le pays.

Les Chinois construiront la Grande mosquée d’Alger. C’est la société China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) qui a remporté le marché de réalisation dont le contrat a été signé le 28 février dernier.

Présent à la cérémonie de signature, le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, a jugé utile d’ajouter, vu ses grandes compétences en histoire de l’art et de l’architecture, que la Grande mosquée d'Alger était un édifice "exceptionnel" et qu’elle "n'avait pas d’équivalent dans le monde pour ses volets religieux, touristiques et économiques" ! La pique concerne-t-elle la Mosquée de la Mecque ou bien est-ce là une énième inconséquence d’un ministre qui a néanmoins dit cette seule chose vraie qu’à travers ce projet le président Bouteflika "veut laisser une trace" ? En jetant l’argent public par la fenêtre ! Dans le même discours, ce ministre dont on ne compte plus les contradictions a également dit que l’Algérie ne manquait pas de mosquées !

La première chose à préciser dans la présente étude est que l’inutilité d’une méga mosquée est flagrante d’autant qu’il n’y a pas de déficit en la matière à Alger, en tout cas pas au point de lancer un projet aussi fou et démesuré : selon les statistiques réalisées en 2006 par le département ministériel de Ghlamallah, l’Algérie disposait déjà de 39 876 lieux de cultes et salles de prière dont 14 659 mosquées. Pour remplir le nouvel édifice d’une capacité de 120 000 fidèles faudrait-il vider les mosquées d’Alger ou bien ramener les fidèles par bus entiers depuis leurs lointains quartiers et villages ? Ou encore faudrait-il inventer un pèlerinage pour ce nouveau lieu de culte ? Qui ira jusqu’à Mohammadia pour faire sa prière, même un jour de l’aïd ou peut-être surtout un jour de l’aïd ? Combien de gens affronteraient les embouteillages pour faire la prière du dohr ou du as’r à cinq, dix, ou vingt kilomètres de chez eux ? Il suffisait de réaliser un sondage d’opinion sur un échantillon de quelques milliers d’Algérois pour être fixé sur l’inutilité du projet !

Alors que de graves problèmes se posent au pays, dont ceux du chômage, du logement, de la santé, de l’éducation, des besoins en eau, de la dépendance alimentaire, de la dépendance en textiles, en médicaments et même en carburant, voilà que l’on jette des milliards de dollars dans une mosquée qui, de surcroît, va défigurer la capitale et son panorama. N’a-t-on pas truffé Alger de trémies alors que la solution au problème de l’embouteillage réside en création de parkings et développement des transports publics et non pas en la transformation de la ville en Gruyère ? Hassan II a fait édifier une mosquée éponyme à laquelle il faut au moins reconnaître une certaine beauté même si son esthétique appartient au passé alors que l’architecture doit être vivante et refléter le génie et la sensibilité de son temps. Pour des raisons d’ordre politique et de prestige, Hassan II a renoué avec la mégalomanie de certains souverains musulmans qui essayaient de redorer leur blason en édifiant des lieux de culte. L’édifice fut inauguré à Casablanca en 1993. Puis ce fut au tour de Saddam Hussein de s’engager dans la course à la plus grande mosquée : en pleine guerre avec l’Iran, il ne trouvera pas mieux que de commencer l’érection d’une gigantesque mosquée à Bagdad, projet dont la carcasse a été abandonnée non sans avoir dévoré des sommes colossales. Au lieu de méditer les causes qui ont mené aux "révoltes arabes", nos décideurs s’accrochent à leur mégalomanie et continuent à dilapider l’argent public dans une course effrénée aux mosquées comme s’il était leur bien propre. Ignorant les besoins essentiels du citoyen, ils érigent des monuments gigantesques qui s’apparentent aux réalisations païennes pharaoniques, mayas, incas et autres, ainsi qu’aux pouvoirs impériaux et dictatoriaux de Rome et du nazisme. Car ce gigantisme architectural est en contradiction totale avec l’Islam et surtout avec l’art islamique qui a toujours privilégié la beauté, la nécessité et l’utilité à tout autre paramètre de dimensions ou de prestige.

Les théologiens musulmans actuels n’ont pas abordé ce sujet, d’abord parce qu’ils n’osent pas critiquer leurs maîtres, ensuite parce qu’aucun d’eux n’a une véritable connaissance de l’histoire de l’art. Les islamistes, quant à eux, semblent apprécier cette gabegie qui consacre leur stratégie et renforce leurs atouts. Le gigantisme n’a rien à voir avec l’art islamique qui obéit à une philosophie de la mesure, de la nécessité et du besoin, pas à cette démesure que l’on voit dans la mosquée Hassan II et dans la future mosquée d’Alger. L’art chrétien ignore également le gigantisme et a, lui aussi, privilégié l’esthétique et la recherche de la perfection surtout depuis la Renaissance en faisant appel à de grands architectes et à des artistes comme Michel Ange, Leonard de Vinci, Raphaël...

Avec l’argent du peuple, Hassan II a fini pas ériger la plus grande mosquée de l’extrême Ouest du monde musulman mais son édifice est loin d’avoir la beauté des anciennes mosquées de Fès ou de Casablanca. De plus, son édifice est très peu fréquenté car les fidèles préfèrent les mosquées de leurs quartiers pour la proximité et de nombreuses autres raisons pratiques et spirituelles. Néanmoins, le pouvoir marocain peut se consoler que la deuxième plus grande mosquée du monde après celle de la Mecque soit devenue un site touristique obligé des tour-operators car elle a au moins cette finalité d’attirer les touristes peu exigeants en matière d’architecture. Il demeure que cette mosquée pompe près de 3 millions d’euros par an au conseil de la ville de Casablanca qui n’arrive pas à remplacer ou réparer les installations qui se dégradent d’autant que l’agence qui la gère doit assurer les salaires de 230 personnes dont 160 pour la seule mosquée. Le hammam, la bibliothèque et le musée de cet ensemble n’ont pas été équipés et il n’est pas sûr qu’ils soient rentables ou trouvent preneurs en cas de location. La visite est payante avec une recette annuelle d’à peine un million d’euros. Le manque de fidèles a obligé les gestionnaires de ladite mosquée à trouver des palliatifs, notamment en ramenant un super imam qui officiait dans une petite mosquée où il faisait salle comble mais dont les "supporters" ne suffisent pas à remplir l’immense édifice. Combien coûtera la gestion de la mosquée d’Alger une fois construite ? Le minaret de la mosquée de Casablanca culmine à 210 mètres, mais celui dessiné par les Allemands pour Alger fait 270 m ou 300 m. Ni l’Agence nationale de réalisation et de gestion de la Mosquée d’Alger ni le ministère de tutelle n’en donnent la hauteur exacte mais les Marocains autant que les Algériens veulent nous faire croire que l’architecture consiste en des chiffres et des records. Or on ne s’émerveille plus devant la hauteur des bâtiments depuis que Filippo Brunelleschi a édifié une coupole sur la cathédrale de Florence (en 1434), depuis la Tour de Pise et surtout depuis les gratte-ciel de New York et la Tour Eiffel. Aujourd’hui, les architectes admettent sagement que les premiers vrais défis relevés en hauteur ont été réalisés au Yémen avec des matériaux mille fois plus fragiles que ceux d’aujourd’hui. Plus méritoire est le défi technique du danois Otto Van Spreckelsen dans l’Arche de la défense de Paris avec des portées d’une longueur exceptionnelle. Cette Arche, qui ne fait que 106 m de haut, est pourtant un chef d’œuvre, tout comme l’est la petite pyramide du Chinois I.M. Pei au Louvre !

Les minarets de la fitna
Ce n’est pas la taille qui fait la beauté d’un édifice mais cette harmonie des formes, des proportions, des matériaux et des couleurs que lui octroie l’architecte et qu’on appelle esthétique. Le rêve marocain d’avoir la deuxième plus grande mosquée du monde a donc été éphémère car Alger va lui ravir ce rang. Le minaret de la Mosquée Hassan II est équipée d’un rayon laser visible à 30 km à la ronde et indiquant la direction de La Mecque ! Le projet algérien ne précise pas si un même gâchis est de mise pour indiquer la kibla ! Les historiens de l’art précisent que le minaret est apparu pour la première fois dans la Grande mosquée des Omeyyades de Damas (706-715), un édifice que l’on doit au calife Al Walid Ier. C’est aussi au XIIIe siècle que cet élément architectural est consacré par une justification fonctionnelle qui a également un rôle de localisation car il permet aux villageois de se repérer et aux voyageurs d’identifier la cité depuis des distances lointaines. Appelée manara (phare et tour-vigie pourvu ou non d'un feu allumé), souma'a (cellule d'ermite) ou ma'dhana (tour servant à l'appel du muezzin), le minaret renseigne qu’à une certaine distance se trouve une agglomération comprenant une communauté de Musulmans. Cette fonction d’orientation est d’ailleurs également remplie par le clocher de l’église, mais la synagogue et le temple hindouiste et asiatique ne se distinguent pas par une architecture particulière, à tout le moins pas par une tour.

Avec le temps, le minaret prend des formes différentes : rondes, carrées, en spirale ou octogonale, et peut être petit et massif ou bien haut et svelte mais toujours bien intégré à l’ensemble et cohérent sur le plan formel et décoratif. La difficulté d’équilibrer un seul minaret avec la structure a amenée certains architectes à user d’artifices et de solutions facilité en mettant deux minarets, voire quatre, mais ils se sont écartés de la spiritualité d’austérité et de pauvreté amenée par l’Islam originel. L’architecte avait mis six minarets à la mosquée de la Mecque, sur décision du monarque. Quand les Ottomans en ont donné six à leur mosquée Bleue d'Istanbul, il a fallu en ajouter un septième à la mosquée de la Mecque même si l’appel à la prière ne se faisait plus que d'un seul minaret ! La compétition a donc commencé il y a des siècles de cela et on ne s’étonne point que les chefs d’État de notre ère veuillent eux aussi laisser leur trace sur le fronton d’un minaret qui dépasse celui du voisin ! Sauf qu’ils le font avec l’argent du contribuable comme autrefois les Pharaons ou les rois incas ou mayas construisaient des temples avec la sueur des esclaves ! Les souverains qui ont parfois donné une belle architecture à l’Islam ont très tôt commencé à le pervertir en sapant son image la plus apparente, la mosquée, et en particulier son principal pilier, le minaret.

Aujourd’hui, le muezzin n’a plus à monter au sommet d’un minaret car fée électricité porte son appel à la prière au loin grâce à un micro et des amplificateurs. L’argument fonctionnel de cette tour n’existant plus, il n’y a donc plus de raison de le maintenir. Alors pourquoi le maintient-on ? D’abord parce qu’aucun architecte musulman ne s’est posé cette question et nul n’a donc osé proposer une mosquée sans minaret. Les architectes musulmans sont donc en décalage par rapport à la modernité qui exige de remettre en question les traditions inutiles. On n’est pas moderne si on n’apporte pas du nouveau à son temps, si on n’est pas adapté à son époque, si on ne capte pas le sens actuel de l’histoire pour l’inscrire dans le futur et apporter plus de bien-être et de lumière à sa société voire, à l’humanité. Le très belle et moderne église du Sacré cœur d’Alger n’a pas de clocher ! Elle enseigne qu’un architecte ne répète pas bêtement les règles anciennes, par psittacisme, faute de quoi il n’est pas digne d’exercer car il défigure le paysage et l’urbanisme et le met en porte-à-faux avec l’histoire qui aura alors à juger une société tout entière pour médiocrité ou déphasage par rapport à son temps, pas uniquement cet architecte.

Autant que le philosophe, l’architecte se pose des questions sur le sens de l’histoire et, partant, il décortique et analyse tout élément de l’héritage pour voir s’il est digne de s’intégrer dans le présent et comment l’y intégrer, le cas échéant. Être moderne c’est se poser des questions fondamentales sur l’héritage pour une remise en question de ce qui est obsolète, archaïque ou dépassé, afin de l’écarter ou le perpétuer en lui insufflant le génie du présent et une force nouvelle. Ce n’est pas un architecte allemand qui peut se poser ces questions fondamentales à la place des musulmans ! Même si le cahier de charges de la mosquée algéroise faisait deux mille pages, il n’est pas certain qu’un architecte non musulman puisse donner une réponse valable.

A. E. T.


(2e partie) La concurrence par le gigantisme

La Grande Mosquée d’Alger 
La concurrence par le gigantismeL’esplanade de la mosquée marocaine peut accueillir 80 000 personnes, et celle d’Alger tout autant ! Haute de 60 m, la salle de prière de la mosquée de Casablanca peut accueillir 25 000 fidèles, mais pour détrôner celle-ci, l’Algérie offre 15 000 places de plus ! La mosquée d'Alger dispose d'un terrain d'environ 20 ha (ou bien de 275 000 m2) à Mohammadia en face de la baie, à l'est de la capitale, alors que la mosquée marocaine est au bord de l’océan avec des vagues s’écrasant à quelques mètres de ses murs. Celle d’Alger est implantée à quelques encablures d’oued El-Harrach, un fleuve extrêmement pollué auquel on n’a pas encore trouvé de solution écologique et sanitaire.

C’est l’architecte français Michel Pinseau qui a réalisé la Mosquée Hassan II en collaboration avec le maître d’œuvre Bouygues ; et si la démesure a trôné dans cet édifice “royal”, admettons cependant qu’il s’intègre parfaitement dans l’espace et le paysage marin. Reconnaissons aussi que le savoir-faire du maître d’œuvre a composé avec le génie des artisans marocains qui a été magistralement intégré dans l’édifice. L’artisanat marocain est l’un des plus développés du monde et reste intimement lié à l’architecture de ce pays qui n’a jamais laissé péricliter ses anciens métiers. Le marbre, les stucs, les verreries, les moucharabiehs en cèdre, en ébène et en acajou, les boiseries, les céramiques dignes des anciennes mosquées maghrébines et même les lustres de la mosquée Hassan II sont l’œuvre des 10 000 artisans qui se sont relayés jour et nuit pendant des années sur les façades intérieures et extérieures de la mosquée Hassan II. Les artisans marocains ont sculpté des motifs sur 53 000 m2 de bois et peint plus de 10 000 m2 de zellige représentant 80 autres motifs originaux. Le plâtre sculpté et peint a été entièrement travaillé sur place par 1500 artisans sur plus de 67 000 m2. Plusieurs autres éléments et objets sont l’œuvre des Marocains comme les coupoles de cette réalisation qui a mobilisé environ 35 000 ouvriers et artisans nationaux. L’Algérie est loin d’avoir pareils potentiel et savoir-faire en matière d’artisanat, voilà pourquoi la future mosquée d’Alger sera probablement un énième édifice habillé avec du toc d’importation, voire de mauvais goût ! Des artisans stucateurs marocains ont décoré la mosquée de la zaouïa alaouia de Mostaganem et plusieurs autres mosquées et villas algériennes. Dans la mesure où le style maghrébin est identique dans les deux pays, espérons – puisque cet édifice inutile va être malheureusement construit – que l’Algérie, fera appel à eux, car le travail du stuc s’est perdu chez nous depuis longtemps, tout comme les nombreux métiers des arts décoratifs. En tout cas, il n’y a pas d’autre solution que d’avoir recours à nos voisins, puisque les Allemands nous ont dessiné un projet dans l’obsolescent et archaïque style arabomauresque, un style inséparable des vieux métiers de l’artisanat. Mais comme notre pays nous a habitués au bricolage, il est à craindre que l’on n’aura droit qu’à un patchwork de mauvais goût en matière de décoration. La somme de 3 milliards de dollars a été engloutie dans la mosquée Hassan II, dont une partie ramassée par une souscription nationale obligatoire. Même si cette mosquée s'inscrit dans un vaste projet d'aménagement urbain (ce qui n’est pas le cas de la mosquée d’Alger), est-il juste de dépenser de l’argent dans le prestige et la mégalomanie quand le fonds manque le moins ? Un internaute marocain a écrit ceci au sujet de la mosquée : “C’est quand même beau mais quand je sais tout ce que le peuple a pu souffrir pour sa construction (taxes et autres), je me dis qu’en regardant bien c’est pas beau.” La beauté d’un monument musulman, a fortiori une mosquée, réside dans sa simplicité, sa fonctionnalité et sa juste dimension étudiée selon les besoins immédiats des fidèles. Même si des princes et des rois ont fait édifier des mosquées au cours des siècles passés, ils n’ont jamais essayé de passer pour autre chose que les serviteurs d’Allah. Ils se sont effacés devant le génie des architectes qui, eux, ont laissé s’exprimer leur génie et leur spiritualité. Or dans le gigantisme de la mosquée Hassan II, il y a comme une velléité du roi de laisser une trace pérenne, pour ne pas dire éternelle, dans le site. Jamais dans ou devant les mosquées réalisées auparavant (y compris la mosquée d’Omar d’El-Qods, la mosquée des Omeyyades de Damas, la mosquée de Cordoue, celle de Kaïraouan, Ketchaoua ou la mosquée de Nouakchott, par exemple) on ne pense au roi ou au souverain qui les a édifiées mais seulement à Dieu. Or on ne peut s’empêcher de penser à Hassan II quand on regarde la mosquée de Casa. L’art musulman a ses règles et ses lois, lesquelles lois haïssent le gigantisme et lui préfèrent la pureté, la simplicité et la finesse.

L’exception est peut-être justifiée à La Mecque et à Médine où le nombre important de pèlerins, soit la nécessité, autorise un gigantisme qui nuit énormément à la pureté, à la finesse et à la rigueur des formes et des proportions de l’art islamique. L’édifice musulman est à dimension humaine même si sa symbolique renvoie au divin. La gageure non relevée dans le projet marocain ou algérien aurait résidé en l’apport d’un style personnel, en l’apport d’une forme nouvelle, en un génie architectural dramatiquement absent dans cette construction qui va s’ajouter aux milliers d’autres que subit ce pays depuis quarante ans.
Les quelques exceptions architecturales réalisées dans notre pays depuis l’indépendance sont l’œuvre d’architectes qui sont restés anonymes dans leurs bureaux d’études étatiques ou privés ainsi que celles des quelques architectes étrangers qui ont réalisé les œuvres que l’on sait comme l’université de Bab Ezzouar pour Oscar Niemeyer, les complexes touristiques d’Alger et de Tipasa pour Fernand Pouillon, l’université d’Oran pour Kenzo Tange, et c’est tout ou presque. Alors que les réalisations architecturales dignes de ce nom se comptent sur les doigts d’une seule main en Algérie, voilà que l’on rate l’occasion de sortir de la médiocrité où le futur projet va nous enfoncer davantage.

Architecture allemande et tapis persans ?
Le plan d’architecture de la grande mosquée d’Alger a été réalisé par la société germano-tunisienne de Kiefef Ste Krebs Und, dont la soumission est la plus élevée des cinq autres bureaux ayant répondu aux “critères” définis dans l’appel d’offres ! Qui a choisi ce projet et sur quelle base ? Le jury ou bien le président de la République comme le dit la rumeur ? Le jury comprenait 45 personnalités d’horizons divers mais où les architectes ayant des références construites se comptaient sur les doigts d’une seule main ! Pourquoi lancer un concours international ensuite prendre le projet le plus cher ? Rares sont les maîtres d’œuvre algériens qui ont osé dénoncer cet état de fait. L’un d’eux est Abdelhalim Faïdi, qui s’est opposé au projet pour plusieurs raisons, dont le fait que des milliers de bureaux d’études algériens et étrangers aient été exclus par la justification d’un chiffre d’affaires annuel de 80 millions de dinars pour l’éligibilité à la soumission d’un bureau d’études. La précipitation et les conditionnalités ont fait que seuls dix-sept bureaux d’études dont douze étrangers ont soumissionné sur lesquels seulement cinq ont pu être sélectionnés à l’ouverture des plis des offres techniques qui a eu lieu le 18 septembre 2007. Il s’agit de AS Architecture Studio (France), ASTP/ATKINS (France-Royaume-Uni), Kiefef Ste Krebs Und (germano-tunisien), d’Iproplan (Allemagne) et Génidar Sarl (Iran). L’offre la moins-disante était celle du bureau iranien Génidar, dont l’étude et le suivi s’élevaient à 5,974 millions d’euros (hors taxes) pour un délai de 12 mois. Le bureau franco-anglais ASTP/ATKINS a demandé 2,926 milliards de dinars (toutes taxes comprises), l’équivalent de près de 29 millions d’euros, dans un délai de 10 mois. Architecture Studio a demandé 4,72 milliards de dinars (HT), l’équivalent de près de 47 millions d’euros dans un délai de un délai de 17,5 mois. Ce n’est donc pas le projet le moins cher qui a été retenu et nous ne verrons jamais les maquettes des autres soumissions pour pouvoir en juger, l’opération étant entourée d’une opacité stalinienne qui nourrit davantage la rumeur sur les raisons occultes présidant dans des marchés aussi importants.

La mosquée n’ayant pas emballé les citoyens, la communication s’est donc faite au compte-gouttes, et on ne saura jamais pourquoi l’offre iranienne a été rejetée alors qu’elle est 101 fois moins élevée que l’offre allemande, soit 5,974 millions d’euros (hors taxes) contre 129 millions d’euros ! En tout cas, d’après les deux photos disponibles sur internet, la proposition iranienne semble plus intéressante que celle des Allemands ! Mais si des raisons quelconques ont amené à écarter les Iraniens, pourquoi l’Algérie n’a-t-elle pas fait appel à la grande architecte iranienne Zaha Hadid ? Cela aurait permis à la première architecte musulmane (certainement la plus grande depuis Sinan) de réaliser ce lieu de culte et surtout de donner à l’Algérie une œuvre digne de ce nom ! L’Algérie passe toujours à côté de l’histoire, et Bouteflika ne réalisera qu’un banal bloc de béton au coût faramineux et non pas une œuvre d’art. Sa mosquée sera la plus haute, le plus chère, la plus grande… mais pas une architecture digne de ce nom ! Un concours pour les étudiants de l’EPAU aurait certainement donné une maquette moins ringarde ! Un projet au coût mirobolant qui ne reflète même pas le niveau de compétence de son temps est une insulte à l’intelligence nationale et universelle ! à ce prix, on devait s’inscrire dans l’universel, pas dans une médiocrité, voire une platitude à la portée de millions de diplômés. Ce projet qui ne retrace pas le passé, n’intègre pas le présent et qui est loin de s’inscrire dans le futur ne reflète que le mauvais goût de nos décideurs, leur incompétence et leur décalage par rapport à l’histoire doublés d’une cupide usurpation du pouvoir sous prétexte d’une légitimité historique dont ils n’ont assumé aucun devoir, surtout pas celui d’essayer d’apprendre et d’écouter pour être à la hauteur, ensuite celui de transmettre la gestion des affaires aux compétences et aux jeunes. Usurpateurs du pouvoir, ils pillent et dilapident les richesses comme s’il s’agissait de leur bien propre, sans rendre compte, sans même daigner justifier ou se justifier. La rumeur dit que ce n’est pas le jury désigné à cet effet qui a choisi le lauréat allemand ! Voilà aussi pourquoi une étude qui a coûté 129 millions d’euros n’a pas donné une œuvre d’art mais une construction plate qui nous ramène au niveau des années 1960-70. Sur de nombreux forums internet, les internautes condamnent ce projet, mais qui les écoute ? La maquette retenue ne reflète aucun génie et pas même du talent ; elle est en-dessous des œuvres de nombreux architectes dont la signature est convoitée à travers le monde et auxquels l’Algérie aurait pu faire appel, comme Boumediene avait fait appel à Pouillon et Oskar Niemeyer, et Chadli à Kenzo Tange.

En vérité, la culture véritable d’un homme d’état se mesure à sa connaissance de l’histoire de l’art et de l’architecture, pas à la quantité de livres ingurgités, parfois sans compréhension véritable. Les soumissions à l’appel d’offres algérien sont le résultat de l’inconsistance et de l’improvisation qui ont présidé à la réaction du cahier des charges, une inconsistance qui transparaît même dans le site web du ministère des Affaires religieuses concernant la mosquée que dans celui de l’agence chargée de “la maîtrise d’ouvrage déléguée pour la construction de la mosquée”, en l’occurrence l’Agence nationale de réalisation et de gestion de la mosquée d’Alger (ANRGMA), créée par le décret n° 05-137 daté du 24 avril 2005.Le site web de l’ANRGMA ne présente aucune information ou photo, à part trois pages de généralités du genre : “Étant donnée la nature souveraine du projet, il sera impératif que l’ensemble du site de la Mosquée d’Alger revête une signature architecturale d’inspiration maghrébine avec une authenticité algérienne qui tienne compte de l’évolution technique et technologique pour exprimer la modernité et la réinterprétation des concepts traditionnels qui sied au présent et résistera au temps.” En vérité, ces critères abstraits et inquantifiables ne peuvent être rendus que dans une œuvre digne de ce nom, une œuvre que seul le génie peut restituer, et ce génie il fallait aller à sa rencontre, pas attendre qu’il vienne, surtout lorsque l’appel d’offres a été quasiment infructueux dans la mesure où seuls dix-sept soumissionnaires avaient répondu à l’ANRGMA.


A. E. T.


(3e partie) Entre “tradition et modernité”

La Grande Mosquée d’Alger 
Entre “tradition et modernité”Le maître mot de nos décideurs est donc le “brassage entre tradition et modernité”, une formule magique jugée suffisante à mettre dans un cahier des charges de trois pages pour dilapider l’argent public. Or, les termes tradition et modernité ne signifient rien s’ils ne sont pas explicités, et si l’offre qui en résulte n’est pas sous-tendue par un véritable génie artistique, ce qui n’est nullement le cas dans le gigantesque projet d’Alger !

L’Algérie, dont les normes urbanistiques et architecturales ne cessent de se dégrader, ne sait pas échapper à la laideur, même en dépensant à coup de milliards de dollars et avec un cahier des charges de trois pages ! Jamais concours international d’architecture n’a été organisé sur la base d’un cahier des charges aussi squelettique, un cahier des charges qui est une insulte à l’Algérie ! Et qui atteste d’une logique nouvellement établie en Algérie qui érige l’improvisation et l’oralité comme normes en toutes matières. L’autoroute Est-Ouest n’a-t-elle pas fait l’objet d’une étude expéditive qui n’a même pas fait appel à des ingénieurs agronomes algériens ? C’est un bureau d’études tunisien qui a fait ce "travail" ! La construction des trémies d’Alger n’a-t-elle pas été aussi précipitée ? Tout comme de nombreux autres projets au coût faramineux réalisés sur la base de l’oralité, sans aucune étude sérieuse.

Un véritable appel d’offres, avec une ouverture aux petits bureaux d’études, aurait incité de nombreux architectes, y compris arabes et musulmans, à participer pour offrir à l’Algérie “sa grande mosquée” sans que le gigantisme prenne le dessus sur la beauté, la spiritualité et la modernité, c’est-à-dire sur l’âme d’une vraie mosquée. Dans le projet allemand, la taille et les dimensions masquent la banalité et la plate copie du passé. Il s’agit alors d’une mosquée sans âme qui n’est ni du passé ni du présent, qui n’a médité ni l’histoire ni ne la transcende pour nous élever vers le divin et projeter dans le futur. Et ce n’est pas un minaret de 270 ou 300 mètres -un record inutile et injustifié aussi bien esthétiquement, philosophiquement et techniquement, car le muezzin n’a pas besoin de prendre l’ascenseur et monter si haut pour appeler à la prière puisqu’il utilise un micro connecté à un haut parleur- qui fera la beauté d’une mosquée, qui évoque beaucoup plus un immense supermarché kitch qu’un lieu de culte. Ce n’est pas le minaret qui fait la mosquée mais la mosquée qui édicte le type de minaret. À l’heure de l’électricité, la mosquée peut exister sans minaret. Toutes les mosquées, ou presque, construites depuis 1962 en Algérie sont réalisées dans un style dépassé et obsolète qui, de surcroît, n’a rien à voir avec le style maghrébin développé par nos ancêtres, qui ont su se distinguer du Moyen et de l’Extrême-Orient.

En s’inspirant de l’architecture saharienne et malienne pour réaliser la mosquée de Hydra, le Corbusier a compris cela bien avant tous les architectes musulmans. Son magnifique édifice reste jusqu’à ce jour l’un des plus beaux lieux de culte moderne algérien, loin devant la gigantesque université coranique de Constantine et certainement devant la future Grande mosquée d’Alger. Un muezzin n’a plus besoin de monter si haut pour faire entendre sa voix aux fidèles, voila pourquoi le minaret est inutile. Mais l’architecte algérien perpétue cet élément architectural comme si le muezzin devait être entendu de Dieu et non pas des hommes !
Un lieu de culte se construit avec le cœur et la sensibilité, pas avec des chiffres démesurés. Sa beauté réside dans son harmonie avec le cosmos, c’est-à-dire avec un environnement qu’il ne doit aucunement déranger ou perturber. Une mosquée ne doit pas gêner la tranquillité et le bien être des gens mais, au contraire, s’inscrire dans leur milieu et l’améliorer. Si le projet d’Alger ne s’intègre pas dans un plan d’aménagement global, par sa démesure il mettra un terme à la tranquillité des riverains tout en défigurant le site et le panorama algérois dans sa plus belle perspective, la perspective ouest-est. Une mosquée n’est pas faite pour écraser les hommes mais pour qu’ils s’y sentent comme chez eux ou mieux que chez eux. Une mosquée n’est pas un temple dédié à un dieu mais un lieu où les hommes prient Dieu. Dans ses dimensions, elle doit être à l’échelle humaine et non pas à l’échelle pharaonique afin de ne pas écraser les hommes ni lui donner l’impression d’être des créatures lilliputiennes. Car, dans l’Islam, l’homme est grand et possède sa dignité. Par sa taille, la mosquée est sensée préserver l’intégrité physique, morale et spirituelle de l’homme, et non pas le réduire à une portion d’atome écrasé sous un poids immense et incommensurable. Même la nature n’est pas faite pour écraser l’homme en Islam, comme en témoigne le traitement de l’homme face à celle-ci dans la miniature depuis Behzâd à Al-Wassiti ou Racim.

Ce n’est pas par la taille que la mosquée évoque l’Esprit et la Puissance de Dieu mais par la beauté et l’harmonie de ses formes, de ses entrelacs, de ses décorations, de ses faïences et céramiques, de ses stucs, de ses luminaires, de ses arcs et ses colonnes et surtout par cette lumière et de cette sérénité, cette paix et cette sensation de plénitude et de joie qui s’en dégagent. Mais une mosquée modeste et sans zelliges ni céramique, comme celles de Ghardaïa ou du Sahara qui rayonnent aussi de lumière spirituelle et de l’Esprit divin. C’est d’ailleurs parce que l’architecture et les décorations des églises étaient tristes, et celles de la mosquée joyeuses, que les chrétiens (au Moyen-Âge) ont essayé de compenser cela par l’introduction de la musique (clavecin, orgue). Puis l’architecture des églises a évolué et celle des mosquées a stagné, comme a stagné d’ailleurs l’architecture dans la terre islamique tout entière. Les plus belles mosquées réalisées aux XXe et XXIe siècles sont en France, au Portugal, en Hollande, aux USA, et non pas en terre d’Islam.

Un cahier des charges de trois pages  !

Lorsqu’on ne désigne pas un architecte pour un projet on ne peut pas faire l’économie d’un appel d’offres national ou international avec un véritable cahier des charges, et même les USA, qui ont le plus grand nombre d’architectes de renom au km2 ne dérogent pas à la règle du concours international, ni l’Allemagne, ni le Japon non plus. Voilà pourquoi la rénovation du Moma de New York a été réalisée par un Chinois, le musée Guggenheim de Bilbao en Espagne par l’Américain Frank O. Gehry, la pyramide du Louvre par le Chinois I.M. Pei… L’architecture s’est internationalisée et l’on ne cherche plus à donner des projets nationaux à des architectes nationaux mais aux auteurs des meilleures propositions quelle que soit leur nationalité. Quelle le que soit la nationalité de leur auteur, ces réalisations participent du prestige des nations où elles sont édifiées. Évidemment, ailleurs dans le monde, l’État ne réalise pas des projets ni ne dépense de l’argent pour le prestige ou pour la gloire des princes mais pour l’utilité publique. Le prestige n’est pas une fin en soi mais la valeur ajoutée d’une œuvre utile. Le coût de la mosquée algéroise est faramineux et avoisinerait le milliard d’euros selon certains médias, voire beaucoup plus, en tout cas de quoi construire des centaines d’hôpitaux de très haut niveau et des centaines de kilomètres de rail de TGV. Et n’est-ce pas une contradiction alzheimerienne que de construire une capitale à Boughezoul et continuer à penser Alger comme capitale ?

Hassan II a fait édifier une mosquée qui porte son nom et dont on connaît au moins l’architecte, le français Michel Pinseau, qui l’a réalisée en collaboration avec le maître de l’œuvre Bouygues. Le projet algérien porte le nom d’un bureau d’études, celui de Krebs und Kiefer. Pinseau a opté pour le néomauresque maghrébin, qui place la mosquée de Casablanca dans la lignée des mosquées de la Qayrawiyyin de Fès, de Moulay Ismail de Meknes, de Tinmel de Marrakech, de la mosquée de la Zeitouna de Tunis, de la grande mosquée de Tlemcen ou de la mosquée Sidi Ben Abdellah de la Casbah algéroise, la mosquée de Nedroma, la mosquée du Derb de Mostaganem qui a malheureusement été défigurée par les "restaurateurs" et de nombreux autres édifices du beau style maghrébin, qui se distingue par sa simplicité, sa pureté et son humilité. Architecturalement, la mosquée Hassan II s’inscrit donc dans la tradition, ce qui lui donne au moins une valeur culturelle d’authenticité, soit un cachet qui fait sa légitimité historique même si les critères essentiels de l’art et de l’architecture la projettent dans la modernité et la contemporanéité de l’œuvre, sa correspondance à l’esprit du présent, son apport déviant et son prolongement dans le futur. Le cachet traditionnel ne transparaît pas dans la mosquée d’Alger, qui n’a rien de moderne non plus, à part une petite touche d’extravagance mille fois déjà-vu dans le style dit international, un style dont les pays du Golfe sont friands comme tous les pays sans culture moderne ou traditionnelle et qui sont contents de tartiner avec du toc et du clinquant mais qui, au moins, sont conséquents avec leur volonté d’acheter coûte que coûte les derniers trucs de modernité… Nous, on n’a même pas cette vision consumériste dans notre démarche, qui se caractérise par l’improvisation permanente, l’instabilité, l’absence totale de goût, de logique… Il suffit de voir les mosquées ou nos édifices érigés ces dix dernières années pour s’en rendre compte. Les mosquées ont tantôt un minaret, tantôt deux, trois, quatre ou même cinq, comme nous l’avons vu dans une wilaya du pays, alors que les lieux de culte maghrébins n’en ont généralement qu’un à part deux exceptions en Algérie et quelques autres en Tunisie et au Maroc. Des dizaines de milliers de constructions anarchiques enlaidissent le pays, et beaucoup d’entre elles ne sont même pas crépies. À Tipasa, quatre édifices publics mitoyens (lycée, commissariat, mairie et siège de daïra) viennent d’être construits, chacun dans un "style" différent et d’une horreur incroyable ! La mosquée proposée par les Allemands pour Alger est bizarre, hybride, mi-moderne, mi-traditionnelle : elle ne répond pas à une demande spirituelle ou philosophique mais à un souci politique opportuniste, de compromis et de compromission, qui ne s’engage ni dans un sens ni dans l’autre.   

Le projet de la Grande mosquée d’Alger lui-même reposait sur un cahier des charges de trois pages, une sorte de brouillon sur la base duquel quelques sociétés ont daigné soumissionner des croquis pour un commanditaire qui ne sait même pas comment dépenser sa fortune, qui n’a même pas une idée claire de la manière dont il veut prier, et pourquoi il veut le faire de telle ou telle manière. Car l’architecture d’une mosquée suppose une manière de prier, une certaine relation avec Dieu, une certaine pensée théologique, spirituelle et culturelle.
Et si un pays qui dispose de tout un département ministériel pour cela ne sait pas le définir dans un cahier des charges, cela ne manque pas d’être perçu comme de l’ignorance de ses propres fondements cultuels et spirituels.

Voila pourquoi le projet de la mosquée d’Alger semble ignorer tout de l’architecture islamique et de l’architecture de notre temps, des apports omeyyade, abbasside, maghrébins, et des apports modernes de Kenzo Kenzo ou de Bofil, Li Pei, Bernard Tschumi ou Daniel Libeskind, des subtilités de Denis Valode, Jean Pistre, Richard Meier ou Eduardo Souto de Moura qui ont enseigné que l’architecture est destinée à “vivre” (durer) des siècles et à témoigner pour longtemps du génie ou de la médiocrité non seulement de son auteur mais du peuple à qui elle appartient. Le concours d'architecture pour la nouvelle bibliothèque de Paris a été lancé en 1999 et c’est l’architecte Dominique Perrault qui l’a remporté, puis on a laissé mûrir et évoluer le projet avant de le réaliser. Voilà pourquoi l’architecture dans ce pays, comme dans tous les pays qui respectent l’art, obéit à la Charte d'Athènes (datant de 1943) qui est fondatrice de l'architecture et de l'urbanisme modernes dits du style international.
Cette charte énonce les moyens d'améliorer la ville moderne en permettant l'épanouissement harmonieux de quatre grandes fonctions humaines : habiter, travailler, se divertir et circuler.
Ce n’est pas dans la précipitation et les opérations de prestige que l’on remplira ces conditions dans notre pays et que l’on édifiera des cités où il fait vraiment bon vivre. À cause de la précipitation, on n’a pas tardé à se rendre compte de l’inutilité des trémies réalisées à Alger, tout comme on ne tardera pas d’ailleurs à regretter l’érection du futur grand édifice cultuel algérois.
 
Voilà pourquoi il est désormais indéniable que les plus belles mosquées sont réalisées en Europe, en Amérique et en Asie, hors des frontières d’un monde musulman qui refuse de se libérer de l’emprise du passé et d’accéder à la modernité.
S’ils ne se départissent pas du passé, comment pourraient-ils égaler un Michel Andraud ou un Pierre Parat, une Zaha Hadid ou une Itsuko Hasegawa et d’autres maîtres de l’architecture moderne qui n’ont pas reçu leur génie du ciel mais qui sont le produit d’une volonté d’apprendre et d’évoluer, de créer et d’innover, comme le souhaite tout artiste qui se respecte.


A. E. T.


(4e partie) Aucune valeur ajoutée algérienne

La Grande Mosquée d’Alger 
Aucune valeur ajoutée algérienneDepuis quelques années, l’Algérie est devenue un espace d’expérimentation de l’architecture musulmane moyen-orientale, une architecture qui n’a rien à voir avec l’art maghrébin. Dans la mosquée de Chevalley, près d’El-Biar, les Saoudiens ont érigé un style étranger qui sert de référence à beaucoup d’architectes algériens qui ne font pas l’effort d’étudier l’histoire de l’art musulman maghrébin au lieu de copier l’Arabie Saoudite, croyant que toutes les moquées du monde sont pareilles et ignorant que le Maghreb se distingue par un cachet particulier.

Avons-nous besoin de références anciennes et de surcroît qui ne nous appartiennent pas ? Une gigantesque masse de béton jetée dans le décor et qui pique une flèche inutile et insouciante dans le ciel ne peut, même si elle le croit dur comme fer, être “un témoignage spirituel, culturel et architectural des réalisations de la nation”, pour reprendre les mots pompeux du communiqué officiel annonçant l’adoption par le gouvernement de ce projet coûteux. Au XXIe siècle, l’architecture algérienne mérite mieux qu’une masse de Guinness Book copiée à la va-vite sur les modules omeyyade, des Abbassides ou Séfévides. Et si l’Algérie, 44 ans après l’indépendance, n’a que quelques grands architectes, c’est parce qu’on n’a pas jugé utile de construire des édifices d’utilité publique comme des stades, des opéras ou des musées qui peuvent amener leurs auteurs à créer aussi des édifices de culte comme celui, de taille pharaonique, que le pouvoir désire avoir aujourd’hui pour damer le pion à Hassan II.

Si la maquette a été dessinée par des architectes allemands, la réalisation de la mosquée sera l’œuvre de la société chinoise China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) qui a signé le contrat avec la partie algérienne le 28 février dernier, sans préciser le véritable coût, car tantôt on dit un milliard, tantôt 1,6 milliard d’euros.
On ne connaît pas le nombre de soumissionnaires pour la réalisation du projet, mais les articles de presse ne donnent que deux (le groupement algéro-espagnol constitué par Cosider, ETRHB et FCC Construction ainsi que le groupement italo-libanais composé d’Astaldi et ACC) pour un appel qui aurait dû intéresser des dizaines de soumissionnaires. Ce n’est que par souci de transparence, pas pour remettre en question la société chinoise ni ses compétences que de se poser des questions sur les raisons qui ont présidé à l’octroi du projet à cette société qui a déjà réalisé de nombreux projets dans notre pays et remporté presque tous les gros contrats de réalisation de logements implantés à travers le territoire national, même si les retards accumulés (imputés à la pénurie de ciment par l’entreprise) ont incité Ahmed Ouyahia en 2008 à interdire aux administrations nationales de conclure des contrats avec elle. Lors de la signature du contrat, le directeur général de la filiale de CSCEC en Algérie, Chen Wenjian, avait promis que son entreprise “finira le projet dans les temps impartis avec une excellente qualité” mais il n’a pas précisé combien il emploiera de travailleurs algériens.

Les Allemands ont donc réalisé la maquette, et les Chinois vont la réaliser avec des techniciens et une main-d’œuvre chinoise, des matériaux et des équipements étrangers et nous fournir un monument clés en main, comme si cinquante années après l’indépendance l’Algérie ne savait rien produire et pas même fournir une main-d’œuvre pour au moins sauver la face. Si le pays n’a pas ces compétences (ce qui n’est pas le cas) il ne commande pas un édifice aussi superflu pour faire savoir au monde son incompétence dans un domaine aussi sensible que le génie civil, l’architecture et la construction. Il fallait être capable d’intégrer au moins des ouvriers algériens dans le projet, ou des artisans, ou un savoir-faire national avant d’engager le pays dans un projet aussi démesuré. Pis encor, toute l’opération a été menée dans une opacité presque totale, donnant les informations au compte-gouttes afin que les critiques n’aient pas d’éléments à même de permettre la contradiction. L’argent algérien, le devenir de la capitale, son esthétique et son urbanisme sont mis en jeu sans engager la société civile, sans impliquer le peuple, sans même lui montrer les maquettes des projets ou donner les raisons de tel ou tel choix.

Mosquée clés en main et âme culturelle !
Comment un édifice entièrement livré clés en main peut-il refléter l’âme culturelle et cultuelle du pays ? Le bureau d’architecture est allemand, le constructeur chinois et les travailleurs le seront certainement, en majorité du moins ? Dans ce projet, tous les matériaux, équipements et produits seront étrangers, à part le sable, le ciment et peut-être la brique ! Zéro intégration nationale dans un projet au coût faramineux, comme ce fut le cas dans l’autoroute Est-Ouest qui a coûté plus de onze milliards de dollars sans même bénéficier au pays et aux nationaux sur le plan de l’apprentissage technique et technologique ! La mosquée d’Alger sera elle aussi d’une valeur ajoutée nulle sur tous les plans, scientifique, économique, culturel et social. Elle s’inscrit dans la logique de l’import-import et de dépendance vis-à-vis de l’étranger, une logique inaugurée en 1999 et dont on voit les conséquences catastrophiques sur l’économie nationale, désormais dépendante des recettes des hydrocarbures à 90% ! Suite à la destruction de nombreux secteurs productifs, les hydrocarbures représentent aujourd’hui 97,25% du volume global des exportations, soit 27,02 MDS de dollars, tandis que les secteurs hors hydrocarbures ne représentent que 2,75% des exportations, soit 765 millions de dollars, alors qu’Ouyahia lui-même admettait en 2008 que l’or noir allait vers l’épuisement et connaîtrait un recul considérable à partir de 2030 sans pour autant rien faire pour diminuer cette dépendance et renforcer la production nationale par des mesures incitatives. L’état a dépensé des centaines de milliards de dollars pour accroître la dépendance de l’étranger dans tous les secteurs au lieu de renforcer notre économie, et il vient de nous rendre dépendants même dans le domaine des mosquées ! Les autorités nationales ont dit que ce “monument” devrait donner une âme culturelle, philosophique, religieuse et bien sûr architecturale à la baie d’Alger ! Fallait-il qu’Alger attende 2012 pour cela ? Alger n’a peut-être pas une âme mais une véritable identité culturelle issue de temps immémoriaux, une identité qui se reflète dans la culture de son peuple issue d’une mosaïque de cultures diverses, africaines, européennes, arabes, et dans son architecture issue de plusieurs horizons du pourtour méditerranéen.

Méditerranéenne, arabe, africaine, Alger a elle-même construit ses monuments et édifices, réalisé ses jardins et potagers, ses ateliers ou ses cimetières, et n’a pas attendu que l’on vienne lui ramener un mastodonte acheté au souk de l’import avec l’argent du pétrole. Alger laborieuse a elle-même façonné son identité, il y a des millénaires, même si certains la disent jeune fille de deux mille ans seulement. Elle a travaillé ses ors et ses trésors, ses bâtisses issues de brassages où les sons doux du marteau et de l’enclume ont couvert le tintamarre de l’épée qui tranche et du canon qui tonne et des navires qui échouent contre la falaise et les Charles Quint décidés qui s’en retournent bredouilles, vaincus et tristes mais rêvant encore de revanche. Alger a une identité philosophique qui ne renie pas le passé et revendique le présent, et des religions qu’elle a connues, une a été adoptée par la majorité sans pour autant écraser les autres, dans un esprit de tolérance dont témoignait un certain Napoléon et tous ceux qui sur cette terre ont pris racine. Elle n’attend pas l’an 2012 pour claironner qu’un nouveau temple vient d’être édifié à la gloire d’Allah en étalon dollar qui sent à peine la sueur et le sang algériens. Qu’ils soient civils ou militaires, religieux ou profanes, tous les lieux d’Alger respirent le labeur, la sueur, le sang même des Algériens, et ils n’ont pas cherché à être les plus grands ni les plus beaux du monde mais seulement à être utiles, à servir humblement ceux qui les utilisent, à exister sans profaner la terre ni le ciel, sans chercher à concurrencer quiconque, sachant que la valeur est partout, même chez l’ennemi qui nous a donné mille et une choses, y compris dans le domaine de l’architecture. Voilà pourquoi Alger n’a jamais cherché à damer le pion à Casablanca ni à aucune autre ville, mais seulement à s’élever continuellement, en faisant l’effort d’intelligence et en donnant sa sueur au jour qui se lève et même à la nuit qui vient. Alger a toujours été modeste ; et être tapie dans une baie qui la protège des mauvais vents y compris de la prétention ne l’a pas empêchée d’édifier une Casbah qui utilise la pente comme nulle autre ville et l’adossement au bâtiment mitoyen mieux que toute autre. En hommage à cela, Buchenal y a développé l’architecture néo-mauresque, Le Corbusier y a développé sa théorie d’architecte urbaniste alors qu’Oscar Niemeyer y a concrétisé un beau projet, et Pouillon offert à la mer un autre éclat de bâtiments blancs.


A. E. T.


(5e partie et fin) Du salafisme à l’économie d’énergie

La Grande Mosquée d’Alger 
Du salafisme à l’économie d’énergieLa Grande mosquée d’Alger n’est pas un apport culturel ou civilisationnel car elle n’implique aucune intelligence algérienne, aucun savoir-faire algérien. C’est une autre forme de gaspillage et du pillage de la rente pétrolière qui est aggravée par une gestion improvisée de l’économie nationale. Elle n’est pas articulée sur la pensée islamique maghrébine, voire sur une quelconque pensée théologique ou spirituelle de l’Islam, de son art ou de son architecture.

Ce projet n’est pas fait pour l’islam mais pour un islamisme dangereux et perfide que le Président ne cesse de promouvoir à coups de concessions et d’alliances contre nature. Projet d’une velléité de compromission avec le salafisme wahhabite, et non pas émanant de la foi sincère d’un musulman, et encore moins le vœu des Algériens qui n’ont nullement été consultés, cet édifice n’est pas celui de la tolérance et de la paix mais de la fitna et du conflit.

Ni le projet, ni sa réalisation, ni même sa maquette n’ont été décidés de manière démocratique et peut-être même transparente et conforme à la réglementation ! Où est l’Islam dans cet autoritarisme et cette mégalomanie ? Il s’agit de l’argent du contribuable, pas celui d’un homme pour qu’il en use comme bon lui semble ! C’est une mosquée empoisonnée que s’offre l’Algérie, une mosquée que des partis politiques essaieront encore de convoiter, que le pouvoir ne manquera pas d’instrumentaliser pour passer ses discours démagogiques et mensongers… Car, depuis longtemps, le minaret est devenu un lieu de propagande et de désinformation, de politique politicienne et de velléités de domination des esprits.

À force de vouloir chasser sur le terrain des islamistes, le Président a fini par les dépasser, à perdre son nord, si tant est qu’il en avait un ! La future mosquée n’est pas épargnée du risque de devenir un haut lieu d’agit-prop, en tout cas de propagande d’un camp ou de l’autre.

Évidemment, le projet de Grande mosquée algéroise n’a pas suscité de questionnements autour de la question énergétique. À l’heure où l’architecture se tourne vers l’économie d’énergie, voire vers l’autosuffisance énergétique, cet aspect ne semble pas avoir été pris en considération par la mosquée algérienne, cette future grande dévoreuse d’électricité, cette future source de gaspillage. Le cahier des charges de trois pages ne mentionnait certainement pas cet aspect qui aurait pu au moins sauver la face de l’Algérie qui aurait pu se vanter au moins de cela. Dans ce domaine d’économie d’énergie, la Tour Generali, que l’architecte Denis Valode a conçue en France, est dotée de panneaux solaires et d’une éolienne géante devant économiser 60% de sa consommation énergétique. Le World Trade Center Towers de  Barheïn est, quant à lui, doté de turbines de 29 mètres de diamètre qui couvriront 15% de ses besoins énergétiques, pour ne citer que ceux-là. Les cahiers des charges algériens n’égalent même pas ceux des Bahreinis ! Dans notre pays, le gaspillage est érigé en règle de gestion et de planification : sur la base d’un cahier des charges de trois pages, quel soumissionnaire se soucierait d’autre chose que de fourguer n’importe quoi pour ramasser des millions de dollars ?

Les derniers pays de la planète ne lancent pas des concours de projets un million de fois moins coûteux sur la base d’un cahier des charges aussi ridicule ! Avant son lancement, pareil projet aurait dû nécessiter une étude de plusieurs années pour aboutir à un cahier des charges de plusieurs centaines de pages !  Même le nom de Grande mosquée d’Alger a été décidé à la va-vite avant de le changer. En 2007, cette mosquée s’appelait Al-Adham, mais depuis quelques années nul n’évoque ce nom. Pourquoi donne-t-on un nom ensuite le changer si ce n’est que tout est le fruit d’une improvisation issue d’une culture superficielle qui racole ici et là, opportuniste et sans principes ?

Demain quel nom donnera-t-on à cette mosquée ? Rappelons qu’Ibrahim ibn Adham est un ascète soufi né à Balkh en 718 et décédé en 782 de l’ère chrétienne, de parents issus de Koufa. Il avait été roi et a renoncé à son trône pour mener une vie pauvre, de travailleur agricole et de marin. Pourquoi donner le nom d’un ascète qui a opté pour la pauvreté à une mosquée aussi fastueuse ? Espérons au moins que dans le futur, elle n’aura pas le nom d’un de ces imams à la mode salafiste pour plaire au Qatar ou aux émirs qui ont le vent en poupe.
Et la Grande mosquée d’Oran… Dans sourate At-Tawba, verset 107, Allah dit : “Ceux qui ont édifié une mosquée pour en faire un mobile de rivalité, d’impiété et de division entre les croyants, qui la préparent pour celui qui auparavant avait combattu Allah et son Envoyé et jurent en disant : ‘Nous ne voulions que le bien !’ ceux-là, Allah atteste qu’ils mentent.” Allah complète dans le verset 108 : “Ne te tiens jamais dans cette mosquée. Car une mosquée fondée dès le premier jour sur la piété est plus digne que tu t’y tiennes debout. (pour prier).” Selon l’imam Al-Baghawî, ce verset serait descendu pour un groupe d’hypocrites qui avaient construit une mosquée avec laquelle ils voulurent faire de l’ombre à la mosquée de Qoubah où ils priaient autrefois avec d’autres croyants, dans le but évident de semer la discorde parmi les fidèles. Une fois la construction de la mosquée achevée, ils allèrent voir le Prophète et  lui dirent : “Ô Messager d’Allah, nous venons de construire une mosquée pour les pauvres et les nécessiteux, adaptée aux soirées pluvieuses et froides et nous aimerions que tu viennes pour y mener notre prière et demander à Allah Sa bénédiction pour nous.”
Le messager d’Allah leur répondit qu’il était sur le point de voyager et qu’à son retour il leur rendrait visite et y mènerait la prière. C’est alors que sont venus les versets cités plus haut.

Construire plusieurs mosquées d’une facture architecturale moderne digne de ce nom aurait été plus utile à la fois pour le culte et pour l’architecture ; édifier des musées, cinémas, des théâtres ou des stades, qui eux, font cruellement défaut aurait été faire œuvre vraiment citoyenne et édilitaire. Il manque près de 30 000 cinémas en Algérie, autant de galeries d’art, de musées et de théâtres, mais aussi d’hôpitaux, de logements, d’usines, de stades, de piscines, de terrains de sport !
Oran a aussi eu droit à une grande mosquée. Le gros œuvre de cet édifice, baptisé Abdelhamid Ben Badis, a été achevé mais le projet est à l’arrêt depuis. En 2009, le Président lui a accordé une rallonge improvisée de 500 milliards de centimes (!) lors de sa visite du chantier à ses débuts, en 2009. Un cadeau qui ne fait pas avancer les travaux, semble-t-il, sauf qu’un bureau d’études français vient de réaliser l’étude de décoration (!) et que les Chinois sont en train de terminer la fabrication de trois portes monumentales. À Alger, une mosquée germano-chinoise, et à Oran une mosquée franco-chinoise : la coopération internationale en marche en Algérie ! Les Algériens sont obligés de chômer pendant que les autres gagnent des sous dans leur propre pays !

Selon M. Ghlamallah, ministre des Affaires religieuses et du Wakf, qui assistait le mois passé au premier Colloque international sur “les dimensions de civilisation dans la construction des mosquées en Algérie : la particularité de la mosquée Abdelhamid Ben Badis” (!), cette dernière sera “un ouvrage architectural conciliant le traditionalisme du style maghrébin et les exigences du modernisme.”

Ce premier colloque était supposé proposer une “feuille de route” en matière de construction de mosquées en Algérie, et particulièrement la Grande mosquée d'Alger ! “On est venus aujourd'hui pour écouter les spécialistes en architecture et en urbanisme dans le but de sortir avec des propositions concrètes en matière de construction de nos futures mosquées”, a dit le ministre, qui a ajouté que la décoration de la Grande mosquée d'Oran sera effectuée selon des bases “scientifiques” pour “éviter les erreurs du passé et refléter fidèlement le style architectural maghrébin.” Vraiment, M. Ghlamallah dit n’importe quoi : c’est dans le domaine de la restauration qu’il s’agit de science ; la décoration quant à elle relève de l’art ! Mais d’abord fallait-il que l’architecture elle-même reflète la beauté du cachet maghrébin, ce qui n’est point le cas avec cette masse gigantesque qui ne s’apparente à aucun style, ce Ulk architectural avec son minaret désaxé et disproportionné par rapport à la salle. Depuis quand la décoration d’un édifice n’est pas comprise dans l’étude architecturale ? La décoration et l’architecture d’intérieur sont supposées être réalisées dans le cadre du projet et non pas par un autre bureau spécialisé ! Il n’y a qu’en Algérie où l’architecte réalise l’esquisse du gros œuvre sans préciser les éléments architectoniques, les décorations, la forme, la couleur et les motifs des portes et fenêtres, des faïences, du parquet, des boiseries et des ferronneries…

  Pour la mosquée oranaise, le ministre dit que les artisans seront sélectionnés sur la base d’un appel d’offres, comme si ces derniers étaient organisés en grandes sociétés et non pas en petits métiers de taille individuelle ou familiale, employant généralement une ou deux personnes seulement. Se contredisant dans le même discours, il veut “ramener des artisans spécialisés dans le style architectural des wilayas de Ghardaïa, El-Oued et M'sila.” Espérons qu’il ne réalisera pas cette tchektchouka qui mélange des styles et des genres très différents les uns des autres ! Le mauvais goût règne au sommet ! Est-ce également ainsi qu’on compte réaliser la décoration de la Grande mosquée d’Alger ?

Par : AlI EL HADJ TAHAR

LIBERTÉ 

 

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