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Abderrahmane El Kobi, chanteur chaâbi, défenseur acharné de ce genre PDF Imprimer Envoyer
Rubrique - Culture
Écrit par Hamid Tahri - KAYENA   
Jeudi, 05 Novembre 2009 02:07
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« El Hadj El Anka nous a montré le chemin… »« El Hadj El Anka nous a montré le chemin… »

« Je ne savais plus si je respirais de la musique ou si j’entendais des parfums… » Guy de Maupassant

La musique est le plus cher de tous les bruits. Le souvenir est le seul paradis dont nous ne puissions être expulsés. Sans la musique, la vie serait une erreur.

Le chaâbi est plus qu’un genre musical, ce sont les vieilles mélodies du répertoire populaire, habillées d’un charme neuf, qu’on aime chanter d’une manière toute personnelle et accompagner, rythmer avec des arrêts brusques, des silences calculés, des mots murmurés à peine. Le chaâbi ce sont aussi les changements subits d’allure, qui tantôt déclenchent des frénésies dansantes tantôt replongent dans une sorte de torpeur exquise. Le chanteur chaâbi authentique est ainsi. « Talent d’instrumentiste dans la virtuosité avec laquelle il s’accompagne au mandole lorsqu’il chante en istikhbar d’introduction plein de mélancolie, talent de chanteur ensuite lorsque sur un rythme assez vivace à cinq temps, inspiré du ’’gübahi’’ berbère et proche de la rumba, il détaille des strophes qui ne sont qu’une longue plainte d’amour que le cœur reprenant le refrain, ponctue de loin en loin d’une prière à l’absente », écrivait le musicographe El Boudali. El Boudali parlait de Hadj El Anka, l’icône qui reste la référence incontestable dans ce domaine. Ses disciples n’ont pu le remplacer mais lui sont entièrement reconnaissants, à l’image de Abderrahmane El Kobi, l’enfant de Notre Dame d’Afrique qui a su se frayer un chemin appréciable dans l’interprétation d’airs aux modulations variées et soutenues par le martèlement tonique et vigoureux de la derbouka.

El Hadj El Anka, le grand maître
« El Hadj, c’était notre maître à tous. Sans lui, le chaâbi n’aurait peut-être pas existé. La dernière image que je garde du cardinal, c’est lorsqu’il était hospitalisé à la clinique de Chéraga. Le directeur de cet établissement de repos avait sollicité plusieurs chanteurs chaâbi pour animer une soirée à la clinique. Il y avait El Ankis, Omar Mekraza, Hsen Saïd, Ezzahi et moi-même. A la fin de la soirée, El Anka avait dit : ‘’Je remercie ces jeunes qui sont venus nous divertir tout en sachant que ce sont tous mes élèves directement ou indirectement.’’ Il faut savoir que moi-même et Ezzahi n’étions pas ses élèves. Par cette subtile réflexion, il nous a intelligemment fait remarquer que c’était lui le maître du chaâbi », confie El Kobi qui ajoute : « Au moment de partir, le cheikh m’a interpellé. ‘’Je ne veux plus voir de cahier sur le pupitre. Il faut que tu apprennes les textes.’’ J’étais confus et malheureux, mais mes amis ont su trouver la parade. ‘’Il a décelé en toi une pâte, sinon il ne t’aurait pas dit ça’’ J’avais compris le message, j’étais alors l’homme le plus heureux du monde. »

Evoquer la musique populaire algéroise actuelle, le chaâbi, sans aller à la rencontre de Abderrahmane El Kobi, serait une grave entorse, presque une offense. El Anka parti, l’éclipse d’El Achab, El Ankis, Ezzahi, Hsen Saïd, Guerrouabi… avait davantage compliqué les choses. « Dahmane » tente vaille que vaille avec d’autres amoureux de ce style dont les jeunes Kharoum Didine, Rebah, entre autres, tentent de perpétuer ce style. « C’est difficile mais on s’évertue à prêcher la bonne parole », note notre chanteur qui raconte avec émotion sa traversée du désert où de 1993 à 1998 il a dû, la mort dans l’âme, ronger son frein et ranger son instrument musical, estimant qu’El « gosto rah ». Il a renoué après, car dit-il : « La musique est restée enfouie dans mes entrailles. » Le goût de la musique, il l’a acquis lorsqu’il sortait tout juste de l’adolescence. « J’avais deux oncles épris de chaâbi qui le chantaient, ce sont eux qui m’ont influencé aux côtés de Abdelkader Zouaoui, ami d’El Anka, de Youcef El Bedjaoui qui m’a appris à jouer du banjo, sans oublier le monumental cheikh Kebaïli qui m’avait refilé son mandole. »

Dahmane est un homme de son temps. Il avait compris jeune que sa voix pouvait être le moteur de son élévation, le moyen qui lui permettrait de s’affirmer… Et puis, ce qui ne gâte rien, il aimait se perdre dans la poésie de la musique. Il se découvrait ainsi une sensibilité qui le singularisait rapidement des autres. « La poésie, dit-on, c’est comme les rêves, personne ne vieillit jamais. Les bardes du terroir comme Benmsaïb, Benkhlouf, Benbrahim, Benkriou ne lui sont pas étrangers. Dahmane à 64 ans a gardé cette verve juvénile, avec sa voix grave et mélodieuse qui exprime la tendresse et la rage mêlées. » Anis Mehamsadji, ami de quartier et grand joueur de kouitra a connu Dahmane lorsque celui-ci commençait le métier. « Je me rappelle qu’au retour de mon père du hadj, le grand musicien Abdelkrim, au milieu des années 1970, on avait organisé une superbe soirée animée par le regretté Abdelkrim Dali, il y avait Mahboub Bati, Alilou, Skandrani, bref, tous les ténors. Dans cette brochette de maestros, Dahmane s’est bien engouffré en interprétant une qacida qui restera gravée dans les mémoires. C’était, je crois, le véritable décollage de sa carrière dans la cour des grands. Il s’était déjà fait un nom », se souvient Anis, aujourd’hui membre de l’association Mezghena.

Une culture musicale

Dahmane replonge dans le passé. « En vérité, ma première soirée, je l’ai animée à Rouiba en 1968. J’avais peur, j’avais des appréhensions, d’autant que mon oncle était à la percussion. Mais un fait anodin détendit l’atmosphère. En voulant chauffer sa derbouka qu’il posa sur ses jambes, il brûla son pantalon. On en a bien ri. Mais je me rappelle avoir bien imité El Anka. A cette période, j’avais connu Abdelkader Zouaoui, mélomane érudit qui m’a mis le pied à l’étrier. On peut dire qu’il m’a façonné, c’est lui qui m’a appris les sbouhiate, les nesrafate, toute la panoplie de la culture musicale. Il fallait être attentif, sérieux, c’est ce qui explique la longévité de mon orchestre dont les membres sont là depuis plus de 3 décennies. Je veux parler de Remani Nouredine, Boucheâla Yahia, Yakoubi Rachid, Boualem… »

Dahmane a travaillé d’arrache-pied aux côtés de Abdelkrim Dali au conservatoire durant deux ans. « Il pensait que j’étais fait pour le classique. Manque de pot, j’ai dévié. Mais ce que je regrette le plus, c’est de n’avoir pas étudié sérieusement le solfège qui est la clef de la réussite. » Comme les voyages forment la jeunesse, Dahmane ne s’en est pas privé en sillonnant le monde à l’invitation de nos compatriotes établis à l’étranger. « C’est comme ça que j’ai connu bon nombre de pays. C’est magnifique non ! » Dahmane dit haut et fort qu’il s’est inspiré d’El Anka, mais la voix mélodieuse et fine de Omar Mekraza avec qui il a travaillé au port d’Alger ne le laissait pas indifférent.

Supporter du MCA
« J’adorais sa voix cassée, assurément, c’était lui le légitime héritier d’El Anka. Quant à El Hachemi, un ami que j’allais souvent voir à Montreuil, c’est une autre dimension. Je crois sincèrement que le chaâbi a encore de beaux jours devant lui. Il berce l’Algérois mais aussi toute la côte algérienne. Je vous surprendrais peut-être en vous révélant que j’ai un public important à Annaba, une ville qui m’a adopté. Mais l’artiste qu’il est ne veut pas classer le chant dans la catégorie des métiers. ’’Ça ne nourrit pas son homme, moi je n’en avais pas fait un job. J’ai exercé durant 25 ans à Sonatrach. Je ne pouvais compter sur la seule musique. On fait des soirées, des mariages, mais cela reste du domaine de l’aléatoire. La musique, c’est la cerise sur le gâteau.’’ » Fan de foot, Dahmane déclare ouvertement sa préférence pour le Mouloudia d’Alger. Il a joué en minimes à l’ASMA. C’était à la fin des années 1950 où il évolua en ouverture d’un match de coupe de France au stade municipal, opposant le Gallia à Besançon. Ce qui m’avait surtout frappé à l’époque, c’étaient les vespas 400 ramenées par les joueurs français garées devant le stade.

Dahmane aime passionnément le MCA qu’il va voir de temps à autre, cela ne l’empêche pas d’avoir des amis à l’USMA. « Il y a un ami fana de ce club, Nounou Youb, pour ne pas le nommer qui s’est marié en 1977. J’avais fait l’animation jusqu’au moment où celui-ci est venu me voir vers 23h 30. Son oncle venait de décéder à l’hôpital. J’ai dû changer tout le programme. Sa maman s’en est rendu compte et me l’a fait savoir. J’ai changé de répertoire, j’ai poursuivi en interprétant le medih. Il ne fallait pas tout casser. Il se trouve que 40 ans après, le même Nounou qui mariait son fils cet été à Notre Dame m’invite pour animer la soirée. Je l’ai fait de bon cœur. C’était mémorable et un fait rarissime dans les annales : c’est le même orchestre qui a assuré les réjouissances liées au mariage du père et du fils à 40 ans d’intervalle ! » « C’est un homme ‘’chaâbi’’ qui chante le chaâbi », commente un de ses amis qui met en valeur ses qualités humaines. Des commentaires colorés entourent ce musicien, l’une des personnalités incontournables de sa génération qui ne saurait se suffire d’être le continuateur d’un genre de chant auquel, du reste, il a imprégné sa propre touche. « Je ne me considère pas comme un cheikh, mais je fais tout mon possible pour préserver ce patrimoine lyrique national qui nous colle à la peau et qui nous fait tant rêver…

Parcours

Abderrahmane El Kobi est né le 20 février 1945 à Notre Dame d’Afrique à Alger. Il a fréquenté l’école primaire Cardinal Verdier, au-dessus du cimetière chrétien de Bab El Oued. Ses débuts dans la chanson remontent aux années 1960, en 1965 précisément lorsqu’il s’est mis sérieusement au travail. Influencé par sa famille composée de mélomanes, dont des oncles chanteurs chaâbi, Abderrahmane ne tarda pas à s’affirmer sur la scène artistique en interprétant à merveille le style ankaoui. Mais notre chanteur s’est tracé son propre chemin. Il a à son actif plus de 40 ans d’activité et plusieurs enregistrements. Il est très sollicité pour les fêtes familiales qu’il anime avec beaucoup de talent. Et comme bon sang ne saurait mentir, son fils a suivi lui aussi la même voie, même s’il ne possède pas la même… voix.

EL WATAN

 

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