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M’HAMED HADJ YALA, ANCIEN MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, À L’EXPRESSION PDF Imprimer Envoyer
Rubrique - Dossier
Écrit par Walid AÏT SAÏD   
Dimanche, 02 Janvier 2011 00:00
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«J’ai connu un homme qui s’appelait Saïd Aït Messaoudène»

Si Saïd (à droite) en compagnie de Hadj YalaDès que l’on évoque son nom, on pense, aussitôt, au brillant pilote d’avion qu’il était. Le regretté Si Saïd Aït Messaoudène, qui a rejoint l’ALN dès les premières années de la Révolution, était également un homme politique, avisé. Très tôt, il a occupé d’importantes fonctions au sein de l’Etat, dont celle de ministre des Postes et Télécommunications qu’il a marquées de son empreinte. Dans cet entretien, M.M’hamed Yala, ancien chef de mission FLN-Gpra, et premier wali d’Alger puis ministre de l’Intérieur, son frère d’armes et de coeur, a essayé de restituer le personnage. El Hadj Yala nous apprend un peu plus sur cet ex-commis de l’Etat qui n’a laissé que de bons souvenirs partout où il est passé.

L’Expression: Vous avez fréquenté Saïd Aït Messaoudène pendant de longues années, quels souvenirs gardez-vous de lui?
M’hamed Hadj Yala:
Remuer des souvenirs anciens, parler de Si Saïd, un être très cher à mon coeur et au coeur de tous ceux qui l’ont connu, n’est pas chose aisée.
Confiance sans réserve, estime et affection étaient ces sentiments que nous nourrissions l’un envers l’autre et que jamais aucun nuage n’est venu assombrir et ce, durant plus d’un demi-siècle. Si Saïd était un homme d’une qualité exceptionnelle et qui a eu, de son vivant, un parcours lui aussi exceptionnel.
Si Saïd est né, a grandi et a été élevé au sein d’une famille connue pour son amour au pays et pour son attachement profond aux traditions et aux valeurs de l’Islam. Durant sa prime jeunesse, il a fréquenté, à Had Sahari (Djelfa), où il est né, l’école coranique et l’école primaire qui était, à l’époque, celle du colonisateur. Cependant, il faut signaler que le défunt était originaire d’Aït Toudert, (région des Ouacifs).

Comment a-t-il pu «atterrir» dans l’aviation?
Il a suivi les cours d’un institut technique où lui fut donnée l’occasion de participer à un concours pour le recrutement de stagiaires dans une école d’aviation. Il fut reçu premier parmi les très nombreux candidats et le directeur de l’institut technique l’orienta vers un centre de formation de pilotes militaires situé en Allemagne alors occupée par les troupes alliées. C’était en 1951. Son stage achevé en Allemagne, Si Saïd fut transféré en France, plus précisément à l’Ecole d’aviation de Salon-de-Provence dont il sortit avec le grade de sous-lieutenant et comme major de sa promotion avec un diplôme de pilote de chasse comportant la mention rarement attribuée: «Pilote qualifié pour les vols en tous temps.»

Quelle carrière a-t-il effectuée après sa formation?
Si Saïd, Français-musulman, fut affecté par le ministère français de la Défense à la base aérienne de Marrakech dépendant de l’Alliance atlantique où, après une courte période, ses supérieurs prirent la décision de le réaffecter en Allemagne pour y subir un nouveau stage et être élevé au grade de lieutenant.

A-t-il eu d’autres activités au Maroc?
Son bref séjour au Maroc lui offrit la bonne occasion de prendre de discrets contacts avec les responsables ALN-FLN, et en particulier le frère Si Mansour Boudaoud. Celui-ci mis au courant de la nouvelle affectation de Si Saïd lui conseilla de prendre langue, en arrivant à Bonn, avec Si Hafid Kéramane ou alors avec le regretté Si Mouloud Kassem. Si Mansour Boudaoud lui donna des précisions sur les précautions à prendre pour échapper à la vigilance des services français très présents en Allemagne. Il lui fournit également le mot de passe lui permettant d’être accueilli sans difficultés par le chef de mission ALN-FLN, hébergé à l’ambassade de Tunisie, dans la capitale allemande.

Dans quelles conditions est-il arrivé en Allemagne?
Comme convenu avec Si Omar Boudaoud, Si Saïd, une fois arrivé à Bonn, fut, pris en charge par notre frère Si Hafid Keramane qui lui remit un passeport tunisien sous une fausse identité. Si Saïd quitta l’Allemagne pour la Suisse où il était attendu par feu Si Tayeb Boulahrouf représentant de l’ALN-FLN à Berne, qui à son tour dota le déserteur d’un laissez-passer égyptien sous un nom d’emprunt. Le lieutenant pilote Si Saïd, en costume cravate, débarqua à Tunis et quelques jours après au Caire dans cette ville où se situe notre première rencontre. Dans la capitale égyptienne il se consacra à une nouvelle tâche en s’intégrant dans une équipe placée sous la responsabilité de feu le commandant Nouar et qui était chargée de sélectionner et d’envoyer les jeunes membres de l’ALN-FLN pour une solide formation dans l’art de faire la guerre. Ces jeunes étaient accueillis dans les académies militaires de pays frères et amis: Egypte, Syrie, Irak, Yougoslavie, Chine, Union soviétique, notamment.

En ex-Urss, il semblerait que vous n’êtes pas près d’oublier certains souvenirs...
Parlant de l’Union soviétique, il me revient à l’esprit, un souvenir que je ne suis par près d’oublier. En visite officielle à Moscou en 1989, Son Excellence Monsieur le président Hosni Moubarak, général d’aviation, avait offert un déjeuner auquel furent conviés les chefs de missions diplomatiques des pays arabes, africains et musulmans accrédités en ex-URSS. Durant le déjeuner, il y eut, comme c’est de coutume, un échange d’amabilités et de bonnes paroles entre l’hôte et ses invités, et s’adressant à moi, le président Moubarak, à ma grande surprise, me demanda des nouvelles de Si Saïd, un ami très proche, me dit-il et dont «j’ai eu à apprécier les grandes qualités alors que tous deux nous étions stagiaires à l’Ecole d’état-major russe, et que pendant des mois, nous logions dans la même chambre. Voulez-vous, s’il vous plaît a-t-il ajouté, me rappeler au bon souvenir de Si Saïd et lui transmettre mes fraternelles salutations». Le général Hosni Moubarak n’est pas le seul à porter un jugement de valeur sur le très regretté Si Saïd. Lorsque des concitoyens ou des étrangers évoquent la personnalité de Si Saïd c’est toujours pour souligner sa générosité, son dévouement, son intégrité, son désintéressement et son souci de se rendre utile à son pays et à autrui. C’est ainsi que bien après Baghdad, Damas et Le Caire, Si Saïd a su confier la mission d’accompagner et de veiller sur la formation d’un groupe de jeunes Algériens dans les écoles militaires de l’ex-Union soviétique et plus tard, d’un autre groupe en République populaire de Chine. Atteint d’une très grave maladie, il n’hésitait pas à s’extraire de son lit de grand handicapé pour se rendre dans tel ministère ou telle administration afin d’intervenir en vue de contribuer à régler les problèmes de ceux, très nombreux, qui venaient solliciter son aide et dont la situation méritait véritablement attention et bienveillance.

Le guerrier qu’il était, n’était pas dépourvu de qualités de gentleman...
Si Saïd avait l’art et la manière d’entretenir ses rapports amicaux avec des gens appartenant à différents milieux sociaux, ayant souvent des parcours différents du sien mais qui se retrouvaient sur le même engagement que lui: l’honnêteté, la générosité et le souci constant de servir l’Etat et le peuple algériens.

Même après l’Indépendance, l’homme a continué sa bataille sur un autre plan, quelle a été son action durant cette période?
Dans tous les postes de responsabilité, qu’il a occupés après l’Indépendance: commandant en chef de l’aviation, P-DG d’Air Algérie, trois départements ministériels (PTT, Santé, Industries légères), vice-président de l’APN, membre de l’Exécutif au parti du FLN, Si Saïd a fait montre d’assiduité au travail, de droiture et d’une grande probité, toutes ces qualités qui sont celles des bons gestionnaires. Par ailleurs, homme d’une grande piété, très humain et au coeur débordant de bonté et d’humanité, Si Saïd entretenait d’excellents rapports avec ses collaborateurs qui, en retour, lui vouaient respect et estime. Il me faut souligner que la famille de Si Saïd et la mienne n’en font qu’une et que nous gardons tous ensemble des relations suivies, presque quotidiennes. Je ne peux pas non plus omettre de signaler que tout comme Si Saïd ses enfants Amine, Seddik et Omar ont dans leur vie de tous les jours, un comportement exemplaire. Eux aussi font preuve d’une grande disponibilité et ne refusent pas de porter assistance et secours - dans la mesure de leurs possibilités - à ceux qui font appel à eux - c’est là un constat dont je me réjouis et qui me comble de satisfaction de voir les enfants suivre la voie tracée par leur père. Si Saïd est une personnalité d’envergure nationale, ceux qui l’ont connu durant notre guerre de Libération nationale et après l’Indépendance de l’Algérie ne peuvent l’oublier. Il est là toujours présent dans notre mémoire et dans nos coeurs et ce, davantage encore en ce second anniversaire de son rappel à Dieu.
Prions pour lui.

L'Expression
 

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