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Un pays qui rajeunit, une classe dirigeante qui vieillit PDF Imprimer Envoyer
Rubrique - Dossier
Écrit par Chawki Amari   
Mercredi, 16 Février 2011 00:00
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Un pays qui rajeunit, une classe dirigeante qui vieillitSurreprésentée dans tous les secteurs, la classe d’âge des plus de 60 ans ne représente pourtant que 7% de la population, soit 3 millions de personnes. Du Président au chef d’entreprise en passant par le ministre ou le leader de parti politique, ils détiennent toutes les clés d’un pays où les moins de 30 ans représentent 68% des Algériens, et créent, de fait, un chômage record chez les jeunes diplômés.

Place aux jeunes». C’est cette paradoxale réponse, le 2 février dernier à l’Assemblée, de Nouredine Zerhouni concernant la rumeur de changement de gouvernement. Le vice-Premier ministre a en effet lancé «Place aux jeunes», quand on lui a demandé s’il est pressenti au poste de Premier ministre. Quelques jours après les émeutes de la jeunesse (pléonasme ?), une rumeur fait le tour d’Algérie. Sous la pression, le président Bouteflika, 74 ans, va faire un geste d’ouverture et changer de gouvernement. Le nom de l’élu fait lui aussi le tour du pays, il s’agirait de Youcef Yousfi, 70 ans, qui va prendre la place du «jeune» Ouyahia, qui aura 60 ans l’année prochaine.

Un nouveau recul, de 10 ans, pas vraiment une ouverture sur l’avenir. Déjà béante par l’absence de représentativité politique, la fracture s’approfondit par la mainmise totale d’une classe politique très âgée, entourée d’une élite vieillissante qui perd inexorablement de sa légitimité, comme on perd ses cheveux. Le pays, déjà ridé, se dessèche. «L’Algérie est la seule nation où tous les membres du gouvernement sont plus vieux que leur propre pays», raconte un quadragénaire branché du domaine privé, qui traite péniblement avec le public. Cette triste blague est-elle vraie ? Oui, si l’on oublie Benbada, le ministre du Commerce, qui est né, de justesse, un mois après l’indépendance, en août 1962.

Mis ensemble, les membres du gouvernement représentent près de 2000 ans, autre record. Les stars sont connues, avec à leur tête l’ex-jeune ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, 74 ans aujourd’hui. Ould Kablia, 78 ans, Ould Abbas, 77 ans et Zerhouni, 74 ans. L’armée n’est pas mieux lotie, le ministre délégué auprès du ministre de la Défense, Guenaïzia, 75 ans, le chef d’état-major Gaïd Salah, 75 ans, et le Général Toufik, 72 ans. Les plus jeunes ministres, Ghoul, 50 ans et
Benbada, 49 ans, font figure d’adolescents devant les autres ; Temmar, 63 ans, Mehal, 69 ans, Medelci, 68 ans, Belaïz, 63 ans, Sellal, 63 ans, Rahmani, 66 ans, Tou, 66 ans, Benbouzid, 66 ans, Benaïssa, 62 ans, Barkat, 63 ans, Khedri, 63 ans, ou les vénérables Abbas des Moudjahidine, 74 ans, et Ghlamallah des Affaires religieuses, 76 ans. Les rares femmes présentes dans le gouvernement ne sont pas plus fraîches, Djaâfar, à la condition féminine, a 61 ans, et Toumi en a 53. Etrangement, dans les biographies officielles des ministres, un seul n’a pas donné sa date de naissance, c’est le ministre de la Jeunesse, très symbolique. Hachemi Djiar, qui cache son âge, approche pourtant la soixantaine. Un jeune crocodile en sorte, par rapport aux vieux dinosaures.

Les vieux ne meurent pas

Difficile de se projeter dans l’avenir avec des gouvernants qui n’ont pas vraiment de futur, ou d’entamer un dialogue avec la frange la plus représentative du pays, la jeunesse. Oui, mais pourquoi autant de vieux ? Il y a des raisons historiques, les dirigeants sont généralement issus du mouvement national. Ce qui n’est pas tout à fait vrai, les ministres ne sont pas tous connus pour leur rôle de guerriers pendant la Révolution, malgré leur âge, pas plus que tous les officiers supérieurs. Mais la génération des «héros» est restée au pouvoir 50 ans après l’indépendance et, par copinage latéral, a placé ses amis un peu partout, dans les entreprises publiques, les fédérations et les associations, dirigées elles aussi par des sexagénaires pas sexy et des septuagénaires aseptisés, à l’image de l’UNJA, l’Union de la jeunesse algérienne, dont le dernier secrétaire général avait 50 ans. Même dans le secteur culturel, la vieillesse règne, le nouvel encadrement du TNA, Théâtre national d’Alger, pour ne citer que cet exemple, a passé la soixantaine. Dans les médias publics et les staffs sportifs, des vieux encore, et dans l’opposition, l’heure n’est toujours pas au rajeunissement, la plupart des leaders ont largement dépassé le troisième mandat et l’âge de la retraite ; Louisa Hanoune, 57 ans, Saïd Sadi, 64 ans, Moussa Touati, 58 ans, ou le doyen du FFS, Hocine Aït Ahmed, qui trône encore sur son parti à l’âge canonique de 85 ans.

Personne ne veut aller à la retraite

Sidi Saïd a 62 ans, et paradoxalement le patron des travailleurs aurait déjà dû être à la retraite, officiellement à 60 ans. Il ne l’a pas fait et continue de régner sur l’UGTA. Mais en dehors de l’état mental d’un pays jeune dirigé par des vieux, la gérontocratie a une conséquence directe : le chômage chez les jeunes diplômés. Dans les entreprises et les administrations, les cadres vieillissants refusent de partir à 60 ans, ce qui ne dégage pas de postes d’emploi pour les jeunes diplômés, frange qui a le taux de chômage le plus élevé avec 21%, dont 33% chez les femmes. Pour les classes d’âge, les statistiques sont tout aussi cruelles.
Les derniers chiffres de l’ONS révèlent que le taux de chômage est de 21% chez les 20-24 ans, de 16% chez les 25-30 ans, alors qu’il n’est que 1.7% pour la tranche 50-54 ans et 1.9% dans celle des 55-59 ans, autant dire que plus on est vieux, plus on a la chance d’avoir un emploi. De plus, pour l’ONS, l’emploi et le chômage ne concernent que les moins de 60 ans, alors que dans la réalité, les plus de 60 ans sont nombreux à continuer de travailler, souvent jusqu’à 70 ans et plus.

Dans les entreprises publiques et les administrations, on rappelle des retraités pour diriger ou pour intégrer le staff dirigeant, par clientélisme d’âge ou par absence de confiance en les moins de 50 ans. Seule note positive, le secteur privé, qui regroupe des classes d’âge beaucoup plus jeunes, à l’image de Haddad, patron de l’ERTBH, jeune capitaine d’entreprise de 45 ans. Ou le fameux ex-milliardaire Abdelmoumène Khalifa, le quadragénaire qui avait donné un coup de fouet économique et bouleversé tout le pays en secouant le cocotier du troisième âge. Tout est bien organisé dans la gérontocratie nationale, s’il est extradé en Algérie, il vieillira en prison.

EL WATAN
 

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